Obama : les mots qui plaisent ou déplaisent aux marchés

Les Echos

Le contenu et la structure des discours du président américain Barack Obama ont un effet sur Wall Street, dans les deux sens (positif ou négatif). Les marchés réagissent notamment à des mots clefs, « espoir », « changement » ou « crise », ainsi qu’aux figures de style et à la rhétorique employées.

La rhétorique et l’éloquence du président Barack Obama seront déterminantes lors de la prochaine élection présidentielle. Dans une situation économique encore morose, il devra susciter l’espoir, notamment sur les marchés qui sortent de trois années éprouvantes, et espèrent voir enfin le bout du tunnel. S’ils se tournent naturellement vers la Réserve fédérale afin d’y voir plus clair, les investisseurs seront donc particulièrement attentifs aux paroles de l’hôte de la Maison-Blanche.

Pour la première fois, une étude (1) de Sharmin Sazedj et José Tavares, de l’université de Lisbonne, s’est attachée à mesurer l’impact d’une quarantaine de déclarations publiques du président sur Wall Street et le cours des actions. Ses conclusions ? Ce ne sont pas les discours qui ont un effet en eux-mêmes mais leur contenu (fréquence d’expressions clefs, tonalité positive ou négative) et leur structure. Certains mots comme « rêve » ou « espoir » font plutôt monter les indices boursiers américains, alors que d’autres comme « crise » ou « changement » les font baisser. Les variations suscitées le jour même sont modestes, de - 0,1 % à + 0,2 %, mais significatives. Le terme « changement » semble être interprété par les marchés comme un synonyme « d’incertitude », un terme qui n’a cessé de les inquiéter depuis la crise…

Le Nasdaq moins sensible

La structure même des discours du président a un effet particulier. Ainsi, Barack Obama a souvent recours à deux figures de style, à savoir répéter certains mots-clefs afin de donner plus de poids au message et répondre par avance aux objections et critiques qui pourraient lui être formulées afin de les invalider et « désamorcer ». Or ces deux figures ont un effet positif sur les 3 indices boursiers analysés (Dow Jones, S&P 500, Nasdaq), la preuve que les marchés sont sensibles à la cohérence et crédibilité de la parole présidentielle. Comme les électeurs, les marchés doivent être convaincus pour adhérer au message. En revanche, ils ne sont pas particulièrement impressionnés par la tendance du président américain à augmenter « l’intensité » de la fin de ses discours, pour terminer souvent sur un vibrant appel à l’action.

De même, les anecdotes, plaisanteries et autres familiarités ont un effet plutôt négatif sur les actions américaines quel que soit l’horizon de temps considéré. Si elles sont de nature à détendre l’atmosphère et « incarner » le discours, les marchés peuvent y voir une distraction inutile, voire un moyen de détourner leur attention et vigilance. C’est la manifestation des difficultés à bâtir un discours économique qui satisfasse à la fois les citoyens, les entreprises et les marchés. « Si les résultats de notre étude sont globalement valables pour tous les 3 indices boursiers étudiés, les valeurs du Nasdaq semblent réagir moins fortement, les titres technologiques étant apparemment moins sensibles au contenu subjectif et parfois ambigu des discours du président », soulignent les chercheurs.

(1) « Hope, Change and Financial Markets : Can Obama’s Words Drive the Market ? », Centre for Economic Policy Research.

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