Coût du travail : la France a perdu son avantage compétitif

Les Echos

Le coût horaire de la main-d’oeuvre a progressé plus vite en France qu’en Allemagne au cours des dix dernières années. En niveau, l’industrie fait quasi jeu égal.

Avec la TVA sociale, la question du coût du travail revient en force dans le débat sur la compétitivité. « Si l’on veut simplement agir sur le coût du travail, nous ne résoudrons pas le vrai problème de l’industrie française, qui est sa spécialisation », a avancé François Hollande, jeudi, en présentant son projet. « C’est un projet qui tourne le dos à la croissance avec des prélèvements en plus et surtout qui augmente le coût du travail », a rétorqué le ministre du Travail, Xavier Bertrand. Preuve de la sensibilité politique du sujet, la mission d’information sur la compétitivité mise en place il y a un an par le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a été incapable de parvenir à un consensus et a renoncé à son rapport.

Là où les députés ont échoué, les partenaires sociaux sont parvenus à un diagnostic commun : traitant la question du coût du travail comme un facteur non exclusif de la compétitivité mais « considéré comme particulièrement important par les entreprises », un rapport signé du patronat (Medef, CGPME, UPA) et de trois syndicats (CFDT, CFTC, CGC) soulignait en juin dernier « la dégradation de la compétitivité salariale en France par rapport à la moyenne de la zone euro entre 2000 et 2010 ». Et par rapport à l’Allemagne, il chiffrait la dégradation à 20 % dans le secteur marchand ou la seule industrie. En tenant compte de la productivité, « le coût salarial unitaire français s’est accru davantage que la moyenne de la zone euro, cette dernière étant tirée vers le bas par l’Allemagne », dont les exportateurs sont les principaux concurrents des Français. Au-delà de l’évolution, le niveau du coût du travail est moins mis en avant. Il faut dire que les comparaisons internationales ne sont pas aisées. D’après la dernière enquête Eurostat, le coût horaire de la main-d’oeuvre était à peu près équivalent dans l’industrie manufacturière de part et d’autre du Rhin en 2008 mais plus élevé de 3 euros en France en y ajoutant les services (voir tableau).

La France trop chère

En actualisant ces données, Coe-Rexecode estime que le coût horaire du travail est désormais légèrement plus élevé dans l’industrie française (à 35,71 euros, contre 34,94 euros outre-Rhin). Sur ce point précis, la France a donc perdu son avantage compétitif qui prévalait au début des années 2000. « Un coût du travail élevé n’est supportable qu’avec un niveau de gamme élevé », écrit Patrick Artus, directeur des études de Natixis. Ce qui n’est pas le cas de la France « probablement devenue en moyenne trop chère par rapport à la qualité des produits qu’elle vend », estime Lionel Fontagné, professeur à l’école d’économie de Paris-Université Paris-I.

Les secteurs industriels directement exposés à la concurrence internationale ont peu bénéficié des exonérations de charges, qui ont été ciblées sur les emplois peu qualifiés au SMIC (26 points d’allégements Fillon à ce niveau, mais plus rien à partir de 1,6 SMIC). Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy entend cibler les efforts sur les salaires intermédiaires, afin de conforter l’industrie.

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