La campagne paradoxale du président-candidat

Les Echos

Nicolas Sarkozy cherche à faire coïncider deux campagnes. Celle, offensive, d’un président « jusqu’au bout » qui joue de sa crédibilité face à François Hollande ; celle, plus subtile, d’un candidat qui « s’humanise ».

Chez François Mitterrand en 1988 comme chez Jacques Chirac en 2002, il y avait une forme de suspense entretenu autour de leur décision de se représenter. Chez Nicolas Sarkozy, l’approche est différente. Le chef de l’Etat cherche moins à créer une attente –  « Je ne me déroberai pas », a-t-il affirmé hier -qu’à jouer le plus longtemps possible de son bouclier de président face à l’insaisissable François Hollande.Le candidat socialiste a certes dévoilé un jeu plus dangereux qu’anticipé, mais il a abattu l’essentiel de ses cartes et devra tenir sans lasser pendant treize longues semaines. Face à lui, Nicolas Sarkozy est persuadé qu’il dispose de l’avantage décisif de la surprise (réformes, date d’entrée en campagne, projet présidentiel). Et de suffisamment de temps pour saisir les faiblesses de l’adversaire et les contrer. L’  « illusion » d’un François Hollande « hors sol » en fait, selon lui, partie, à laquelle le président oppose la « solidité » et le « courage ». « Face à Martine Aubry, il n’aurait sans doute pas joué cette carte », remarque un proche, « mais, avec François Hollande, le vrai clivage se situe au niveau de l’audace et du caractère ». Le classicisme de la campagne socialiste est également pointé du doigt. Déplacements de François Hollande dans les usines, meetings de facture sarkozyste version 2007…, les conseillers de l’Elysée assurent que la « surprise » en matière de communication viendra du camp UMP. Et tant pis si une émission comme celle d’hier conforte le président dans une posture convenue.

Une démarche complexe

Dans une période marquée par l’incertitude des électeurs et la faiblesse du total des voix de gauche, Nicolas Sarkozy est donc persuadé qu’il peut encore faire mentir les sondages s’il mène une campagne en deux temps : président « jusqu’au bout », puis candidat proprement dit avec une campagne « éclair », des meetings qui s’enchaînent et l’utilisation renouvelée d’Internet. La campagne d’un « diable d’homme », résume un proche conseiller.

Sauf que la démarche n’est pas seulement risquée (jusqu’où vont aller les tensions sur la hausse de la TVA ?), elle est aussi plus complexe qu’il n’y paraît. Le « J’aime les gens » lancé par François Hollande au Bourget n’est pas passé inaperçu à l’Elysée. Après avoir longtemps pensé que le rejet dont faisait l’objet Nicolas Sarkozy dans le pays serait compensé par sa « crédibilité », ses proches sont désormais moins catégoriques. Lui-même, dans ses conversations privées récentes et à la télévision hier, amorce une sorte de mea culpa, reconnaît des « regrets » et des « doutes ».

« Je m’en expliquerai le moment venu », a-t-il précisé hier, même si cela ne se fera pas forcément dans un livre : « Il est difficile d’être acteur et commentateur en même temps ». Ce faisant, une autre campagne, plus discrète, vient de débuter, celle de l’ « humanisation » du président. Reste que deux campagnes en quatre-vingts jours, cela fait beaucoup. Surtout lorsque la première, celle d’un président qui prend des risques, n’est pas forcément en cohérence avec celle d’un candidat qui cherche à se faire aimer.

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