En deux mois, Free Mobile a poussé les télécoms au bord de la crise de nerfs

Les Echos

Free devrait dévoiler jeudi le nombre de ses abonnés. Le quatrième opérateur en a conquis plus de 1,5 million en un mois et demi, un record. Mais ses concurrents sont furieux et les autorités se déchirent.

Demain à Bercy, on pourra prendre une photo de famille rare. Les quatre opérateurs mobiles vont signer une convention pour opérer ensemble le réseau 2G et 3G du Tunnel sous la Manche, en prévision des jeux Olympiques de Londres en juin. Ce sera un moment apaisé dans la cohabitation difficile qui a commencé le 10 janvier, avec l’irruption fracassante de Free Mobile.

Au cours des mois prochains, ils devront aussi faire une place au petit dernier dans le métro ou dans la campagne profonde, où le trio historique partage déjà les fréquences. Leur dernière expérience en quatuor, au sein du GIE qui gère la portabilité des numéros, a été plutôt mitigée : Free a livré des prévisions de trafic trop modestes, et le système n’a pas été capable d’absorber toutes les demandes de changement d’opérateur. Xavier Niel, le patron du groupe Iliad, a accusé ses partenaires de l’avoir fait exprès. Auparavant, il avait traité leurs clients de «pigeons ».

Les « historiques » apprécient d’autant moins ces commentaires qu’ils ont annoncé une baisse de leurs revenus et de leurs profits cette année. Car ils perdent des centaines de milliers de clients depuis le 10 janvier. Jusqu’au 15 février, Orange a réduit sa base de 201.000 clients, et Bouygues Telecom de 159.000 (dont 134.000 partis chez Free). Si l’on prolonge la période jusqu’au 29 février, les pertes nettes de SFR se sont élevées à 208.000. Et encore ne s’agit-il que du solde : le taux de départs est monté en flèche, avec par exemple un million de résiliations en un mois et demi chez Orange.

Abonnés invisibles

Cependant, il faudra attendre jeudi avec la présentation des résultats annuels 2011 d’Iliad pour espérer savoir si ce lancement a été un énorme succès… ou une réussite hallucinante. Selon Orange, qui peut voir les cartes SIM de Free activées, plus de 1,5 million étaient en circulation mi-février.

Mais il y a encore des freenautes invisibles, des recrues virtuelles qui patientent dans le système informatique du nouvel entrant. En effet, quand les demandes de portabilité sont brusquement passées de 15.000 à 150.000 par jour, le GIE a plafonné le nombre de dossiers que peut lui transmettre chaque opérateur. Actuellement, et contrairement à ce qui avait été claironné par les autorités, la plateforme commune traite 60.000 dossiers par jour, tous opérateurs confondus. Xavier Niel en réclamait 80.000 pour écouler son stock…

Combien sont-ils à attendre leur carte SIM ou leur portabilité ? Des dizaines de milliers ? En tout cas, le site collaboratif Toosurtoo, alimenté par les contributions des freenautes, estime que près de 2,9 millions de cartes SIM ont déjà été commandées ! Ce n’est qu’une estimation. Mais il est à prévoir que de nombreuses personnes aient souscrit le forfait gratuit ou à 2 euros sans abandonner leur ancien numéro, comme on se jette sur un vêtement en solde sans savoir si on va vraiment le porter.

Si le consommateur se réjouit, tout le monde est un peu au bord de la crise de nerfs dans les télécoms. Bouygues et SFR accusent Orange de louer son réseau, le plus étoffé de France, à ce « coucou ». Orange et les autres estiment que le régulateur des télécoms, l’Arcep, est trop bienveillant à l’égard d’un quatrième opérateur qui n’aurait jamais vu le jour sans son soutien. L’Arcep soupçonne Bercy d’utiliser l’Agence nationale des fréquences (ANFR) pour montrer qu’elle a mal vérifié le respect par Free des obligations de sa licence.

Plusieurs heures de panne

Surtout, tous - excepté le régulateur -reprochent au quatrième entrant de faire semblant d’investir dans un vrai réseau. Plus de 90% de son trafic continue en effet à transiter sur les antennes d’Orange, Free ayant apparemment pris pour l’instant le parti de payer plus en itinérance plutôt que de dégrader sa qualité de service. Vendredi, une panne liée aux équipements de Free a privé une grande partie des abonnés de leur ligne.

Jusque-là, les opérateurs se plaignent mais n’attaquent pas, même si SFR y réfléchit. Ils tentent de limiter la casse avec la terminaison d’appel SMS, un tarif de gros clef de l’équation économique de Free Mobile. L’Arcep a décidé de s’en mêler pour que les négociations aboutissent. Si l’itinérance, qui devait coûter 1 milliard d’euros à Free, lui revient deux fois plus cher, et si les SMS sont mal rémunérés, alors le quatrième opérateur aura du mal à demeurer aussi agressif sur les forfaits.

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