Evolution du baril

Par Frédéric Gilbert

 

Il aura fallu d’une baisse des stocks US et d’un euro/dollar au dessus de 1.40$ pour que le baril fixe un plus haut en sept mois en retrouvant les 70$, passant de 50$ à 70$ en 5 semaines. Une hausse alimentée par des flux financiers plus que par une véritable reprise de la demande, par un changement de perception et un retour de l’appétit pour le risque. Pourtant les fondamentaux n’ont pas changé. Exagéré, le mouvement récent ?

 

Les facteurs haussiers :

 

– Goldman Sachs, dont l’influence sur les cours est bien connue, a revu à la hausse ses prévisions sur le baril, qu’il voit aux alentours de 75$ d’ici deux mois puis 85$ d’ici la fin de l’année (contre une prévision de 45$ à trois mois fin avril et 65$ pour la fin d’année). On se souviendra néanmoins de leur célèbre prévision à 200 $ l’année dernière au moment où le baril cotait 140$.

– l’anticipation de la fin de la récession, suite à de bonnes surprises du coté du chômage américains et à la hausse d’indicateurs économiques avancés (hausse du Dry Baltic Index et du coût du fret pour les navires de gros tonnages transportant généralement du minerai de fer ou des céréales). A cela s’ajoute une hausse significative des ventes de voitures en Chine.

– la baisse du dollar. C’est l’explication la plus probable pour la Deustche Bank. La baisse du billet vert favorise l’achat de matières premières, qui deviennent moins chères puisqu’elles cotent en dollars.

– une liquidité et des flux de capitaux en hausse sur le marché. Ce flux a profité à toutes les matières premières (soft, métaux…). Il correspond à une hausse supplémentaire de la demande de pétrole de 1.5Mb/j.

– analyse technique très favorable sur le pétrole (Brent qui pourrait rallier les 75$ voire 78$).

– la perspective de voir réapparaître à moyen terme de fortes tensions sur les approvisionnements, quand l’économie sera bel et bien repartie

– des éléments connexes : l’anticipation de la saison des ouragans aux USA, les élections en Iran le 12 juin et la question de la réaction israélienne  si Ahmadinejad est ré-élu.

 

Les rapports de l’AIE (Agence Internationale à l’Energie) et de l’Opep sont attendus cette semaine. « Le marché va s’attacher à relever les signes montrant que la baisse de la demande est en passe d’être terminée », estime Barclays Capital. Tous les spécialistes ne sont cependant pas aussi optimistes, et certains voient le baril redescendre vers 55$, prix qui reflèterait mieux l’excès – temporaire – de l’offre, la faible demande des pays occidentaux et les stocks élevés. D’ailleurs, il est peu vraisemblable que la reconstitution des stocks US et chinois se poursuive. La Chine a annoncé qu’elle allait ajourner son programme visant à constituer des réserves stratégiques de brut, après avoir déclaré que la première phase de ce programme était achevée. La conjonction d’un ralentissement de la politique de constitution des stocks stratégiques (à tout le moins en Chine et aux Etats-Unis) et d’une augmentation de l’offre de l’OPEP crée ainsi une situation peu favorable au maintien des cours au niveau élevé où ils se sont récemment hissés. Il s’agit également pour l’Opep de ne pas handicaper la reprise économique. Le raffermissement actuel des prix pourrait donc être artificiel, en tous cas ponctuel. Le ministre algérien de l’Energie Chakib Khelil a ainsi jugé que les prix du baril du pétrole brut allaient évoluer entre 65 et 70 dollars jusqu’à la fin de l’année 2009.

 

« Depuis début juin, les cours du brut ont fait preuve d’une remarquable stabilité », avec des cours de clôture proches de 68,50 dollars pendant les dernières séances, observait ainsi Olivier Jakob, du cabinet Petromatrix.
 « Une telle stabilité ne dure jamais très longtemps et elle se conclut généralement par une échappée des prix hors de la fourchette où ils se trouvent. Cela pourrait être sous les 66 dollars ou au-dessus de 70 dollars le baril », développait-il.

 

Je pense que le baril cristallise et amplifie les émotions du marché. Le prix actuel ne me parait pas soutenable, et privilége un retour vers 60$ dans les prochains mois, du fait de le réalité macro-économique. Le baril sera selon moi sensible aux déceptions et aux mauvaises surprises que peut réserver le contexte actuel. Autrement dit, le prix actuel intègre l’anticipation d’une sortie de crise relativement rapide. Or, difficile pour l’instant d’avoir des certitudes sur ce point. Le seul élément haussier sur le baril susceptible de perdurer est la faiblesse du dollar. Si l’on oublie la question des ouragans,  on se méfiera donc de l’optimisme actuel.

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