Une stratégie budgétaire obsolète

Les Echos – 02/10/09

La vérité des chiffres ne fait pas la sincérité d’un budget. Il n’y a pas de raison de douter, plus que des précédents, des comptes de l’Etat et de la Sécurité sociale pour 2010, qui ont été présentés ces deux derniers jours. Il y a, en revanche, de bonnes raisons de s’interroger sur la franchise de la politique budgétaire à moyen terme.

Ce ne sont pas les comptes de demain qui sont trompeurs, mais les mécomptes d’après-demain. Car la promesse de retour à l’équilibre des finances publiques repose sur une stratégie inchangée depuis six ans. Pour résorber le déficit public, la majorité mise, depuis 2004, sur deux leviers : la croissance économique et la maîtrise des dépenses. Sans atteindre l’objectif de « déficit zéro » avant la fin de la décennie, cette politique a produit des résultats notables. De 4 % du PIB fin 2004, le déficit a été ramené jusqu’à 2008 sous la barre, autrefois fatidique, des 3 %. Tenir la dépense pour redresser les comptes publics en profitant des recettes générées par la croissance : chacun à leur manière, Dominique de Villepin à Matignon et Nicolas Sarkozy à l’Elysée ont observé cette « règle d’or ». Ils l’ont même renforcée. Le premier a imposé un gel des crédits de l’Etat en euros courants. Le deuxième est revenu à un gel en euros constants mais étendu à un périmètre plus large. Comme souvent, cette vertu budgétaire a été à géométrie variable. A peine cueillis, les fruits de la croissance ont été consacrés à baisser les impôts plutôt que les déficits. N’empêche : la maîtrise des dépenses est demeurée le coeur du dispositif et elle était adaptée à une situation de déséquilibre modérément excessif.

En un an, la vague des déficits a plus que doublé de volume mais la stratégie pour la contenir, elle, n’a pas varié. « Le gouvernement s’attache à poursuivre une stratégie consistant, d’une part, à favoriser le retour des recettes par la croissance, et non par l’augmentation d’impôt, et, d’autre part, à tenir les dépenses courantes », peut-on lire, ainsi, dans le document de présentation du projet de loi de Finances 2010. Bercy prétend pouvoir ramener le déficit global à 5 % du PIB fin 2013 au moyen d’une croissance économique de 2,5 % à compter de 2011 et d’une stabilité de dépenses publiques dont le rythme ne devrait pas excéder 1 % en euros constants. C’est une chimère. Elle repose sur des résultats et des calculs irréalistes. Il faut naturellement espérer que le plan de relance, le grand emprunt et la suppression de la taxe professionnelle vont créer, comme le dit François Fillon, un « choc de compétitivité ». Mais il faudrait que celui-ci soit particulièrement fort pour que l’économie croisse durablement au-dessus de 2,5 % l’an, performance qu’elle n’a atteint qu’une seule fois depuis le début de la décennie, en 2006. Les dépenses publiques, elles, ont progressé de 2,2 % l’an en moyenne entre 2002 et 2007 et ce rythme n’a pu être réduit de moitié qu’une fois, en 2008. Ce pourrait être à nouveau le cas en 2009, mais seulement parce que le refinancement à court terme de la dette contribue à tasser la charge des intérêts. Surtout, la seule maîtrise de la dépense n’est plus à la hauteur des défis. Même avec 2,5 % de croissance du PIB, elle ne permettrait de dégonfler le déficit de l’Etat que de 5 milliards d’euros par an. Comme la composante structurelle du déficit budgétaire frôle la cinquantaine de milliards d’euros, le résorber prendrait plus de temps que n’en laisserait l’envolée de la dette. Quant aux dépenses d’assurance-maladie et des retraites, le gouvernement envisage au mieux de les aligner sur la hausse de la richesse nationale, pas sur l’inflation, et cela n’empêche pas le trou de la Sécurité sociale de se creuser dramatiquement. Laisser filer les déficits était une réponse nécessaire à la crise de l’économie, prétendre les résorber en se contentant de tenir la dépense est une réponse insuffisante à la crise des finances publiques.

Ce qui manque au budget 2010, c’est une stratégie crédible de redressement à moyen terme orientée sur la baisse des dépenses de l’Etat, de la Sécurité sociale et des collectivités territoriales, et qui, à défaut, n’exclut pas de relever provisoirement les prélèvements, sociaux en particulier. Le gouvernement fait le choix d’entretenir l’illusion d’un atterrissage en douceur, sans remise en cause de l’Etat providence, afin de ne pas briser la croissance naissante en sapant la confiance des ménages. C’est compréhensible, mais la spirale de l’endettement n’est pas, depuis trente ans, le dernier boulet de notre économie. Et que, au Royaume-Uni, en Espagne et au Portugal, trois gouvernements de nature sociale-démocrate annoncent ou pratiquent déjà des politiques d’austérité devrait inciter la droite française à réviser ses leçons de rigueur.

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