La « leçon de la crise » par Carlos Ghosn

Les Echos – 24/11/09

Il est plutôt rare de voir un patron français réussir à tenir en haleine un auditoire américain. Il est vrai que le patron de Renault, né au Brésil et éduqué chez les jésuites à Beyrouth, est un « citoyen du monde ». Invité il y a quelques jours par le très sélect Council on Foreign Relations qui réunit la crème de l’establishment new-yorkais, l’artisan de l’alliance Renault-Nissan s’est taillé un franc succès. Il a même éclipsé le financier Steven Rattner, l’ex-« tsar de l’automobile » chargé par Barack Obama de piloter la restructuration du secteur il y a quelques mois, présent à ses côtés. « Lorsqu’il y a trois ans j’étais venu voir General Motors pour leur proposer de collaborer, on nous a répondu : nous n’avons pas besoin de vous, nous avons notre propre plan », a confié Carlos Ghosn. « Sans aucun doute, nous aurions pu éviter ce désastre. Franchement, il y avait la possibilité de créer quelque chose de non seulement très compétitif mais de mettre en commun des technologies », a ajouté le patron de Renault, en déplorant un tel « gaspillage de talents et d’énergie ». Quatre mois après avoir quitté la Maison-Blanche, Steven Rattner a lui-même stigmatisé la « culture insulaire » de l’ancien GM, en critiquant leur manque d’intérêt pour « toute idée fraîche ». Le pronostic de Carlos Ghosn pour l’avenir ? « L’industrie automobile va continuer à se consolider. Il y aura moins d’acteurs. » Mais le secteur automobile sera créateur d’emplois au niveau global avec 2 milliards de voitures en circulation à moyen terme. « Penser résoudre le problème du réchauffement climatique en demandant aux Indiens de se passer de voiture serait absurde. » Il estime que la voiture 100 % électrique ne représentera que 10 % du marché mondial en 2020. La plus grande erreur serait de penser que la force de la Chine et de l’Inde est seulement liée aux bas salaires. « Car nous avons complètement perdu l’instinct de l’ingénierie frugale. »

 Si l’industrie automobile américaine se retrouve aujourd’hui dans une telle situation, c’est qu’elle a totalement ignoré les « best practices » de ses concurrents japonais et coréens. C’est pourquoi la principale leçon à tirer de cette crise automobile sans précédent, « c’est qu’il faut nous assurer de prendre très au sérieux les constructeurs indiens ou chinois », estime Carlos Ghosn. Faute de quoi, « l’histoire va se répéter et nous serons les prochaines victimes », a conclu le patron de Renault face au parterre de financiers américains médusés.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :