Banques : les fausses solutions d’Obama

Les Echos – 28/01/10

Le discours d’Obama la semaine dernière a laissé les économistes perplexes quant aux avancées de la réforme du système financier et bancaire international. Après un tollé généralisé contre les bonus record, les autorités ont effectivement pris quelques mesures… Mais les bonus ne sont en aucun cas la cause à l’origine de la crise financière. Lors du dernier G20 (septembre 2009 Pittsburgh), les gouvernements s’étaient engagés à réformer le système bancaire afin que les contribuables ne soient plus sollicités en cas de problème. Depuis, mis à part des discours « musclés », les problèmes de fonds sont loin d’être résolus.

Ainsi Obama annonce quelques mesures dont la mise en place sera plus problématique qu’efficace… Par exemple, sa volonté (qui doit encore être approuvée par le Congrès !) de limiter le trading (la spéculation) pour compte propre : aucune définition précise n’existe pour le trading  ; lorsqu’une banque gère sa trésorerie, comme toute entreprise, elle est amenée à réaliser des transactions financières (spéculatives ???) et quand elle se retourne vers le marché pour couvrir des positions risquées dues aux opérations avec la clientèle (telles des accords de taux ou de change à terme), elle effectue de nouveaux des transactions financières (spéculatives ???). Et surtout, ne pensez pas qu’il va être possible de les gérer une à une ; toute la littérature économique confirme que les « macrocouvertures » sont plus optimales que les « microcouvertures » – qui résulteraient par ailleurs en un plus grand nombre de transactions… – effet pervers garanti ! De même que l’idée de la taxe à la Tobin sur les transactions financières : si chaque opération financière est moins profitable, alors il suffit d’en faire plus… ce qui n’est pas difficile… tant que l’effet de levier n’est pas réellement limité ! Or qu’a annoncé Obama quant à l’effet de levier ? Rien. Chacun s’accorde sur un besoin en fonds propres accru mais en termes de chiffrage, toujours rien (ou presque, le Royaume-Uni ayant été le seul vraiment réactif). Chaque pays attend que l’un des autres fasse le premier pas pour ne pas désavantager, en termes de compétitivité, sa place financière. Pourtant, une augmentation importante des fonds propres des institutions financières résoudrait de nombreux problèmes : moins d’effet de levier, donc moins de spéculation, moins de transactions financières et donc un système bancaire et financier qui reviendrait dans des proportions raisonnables du PIB sans pour autant étouffer les innovations.

 Par ailleurs, en interdisant tout placement en « hedge funds » et en fonds de Private Equity en utilisant les dépôts de la clientèle, Obama se focalise sur deux formes d’activités qui ne sont pas toujours les plus risquées en omettant d’analyser le problème globalement : quel est le type de modèle bancaire optimal ? Deux écoles s’opposent. Celle qui considère que la diversification des activités bancaires permet de réduire le risque de faillite et celle qui considère que les dépôts du public ne doivent pas être utilisés pour des activités risquées et de marchés. La proposition d’Obama penche en faveur de ce dernier mais semble oublier que le problème fondamental est que les banques peuvent prendre tous les risques qu’elles souhaitent à condition de provisionner suffisamment… ici encore, on en revient aux fonds propres. Si les autorités jugent un placement risqué, il suffit d’exiger en contrepartie une constitution supplémentaire de fonds propres (qui pourrait aller jusqu’à 100 % à la place de calculs savants dont les limites reposent sur des hypothèses dont la rationalité économique est trop souvent absente).

 Enfin, vouloir limiter la part de marché des banques pour résoudre le problème « too big too fail », c’est oublier le risque systémique puisqu’en cas de défiance généralisée, ce n’est pas une répartition des dépôts en un plus grand nombre de banques qui diminuera le montant total à assurer. Le problème, c’est la taille des banques par rapport à la taille du pays, ou plus précisément par rapport à la taille du prêteur en dernier ressort. C’est aussi oublier l’aspect « too interconnected to fail ». Seul l’enregistrement de toutes les opérations de dérivés auprès d’une chambre de compensation centralisée permettra la transparence nécessaire aux autorités dans le suivi des risques et leur concentration.

 Finalement, la proposition la plus importante d’Obama, pourtant passée inaperçue, est celle de lutter contre le lobbying d’un secteur qui avait réussi à faire croire aux autorités que la « discipline de marché » et « l’autorégulation » sont les deux mamelles d’une régulation optimale et efficace du système financier.

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