L’Europe au bel avenir

 Les Echos – Eric Le Boucher – 05/03/10

Les nouvelles sont très bonnes. L’Europe se réveille enfin. La semaine dernière, après tâtonnements, un consensus s’est établi sur le sauvetage de la Grèce. Reste, certes, à en trouver précisément les modalités, mais le principe est celui de la solidarité réaffirmée : « On ne laissera pas Athènes tomber en faillite » en échange d’un plan de rigueur spartiate. Et révolution : on a entendu, dans cet épisode grec, Angela Merkel prononcer les mots magiques de « gouvernement économique ».  Mardi, la Commission de José Manuel Barroso a sorti l’Union de l’immobilisme sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) en autorisant la culture de la pomme de terre Amflora et de nouveaux maïs. Voilà douze ans que les OGM pourrissaient dans les tiroirs du commissaire à l’Environnement, l’Europe, terrorisée par les discours écologistes et divisée, n’osait trancher. La voilà obligée de le faire.

Mercredi, Bruxelles a présenté une « stratégie de l’Europe 2020 », qui vise à bâtir « un nouveau modèle économique fondé sur la connaissance, une économie faible en carbone et des taux d’emploi élevés ». L’innovation, l’environnement, l’emploi : personne ne peut récuser ce bel avenir. Tous s’accorderont à penser qu’il s’agit du seul positionnement possible face à la Chine. Et, pour tenir compte de l’enlisement du plan stratégique précédent, le défunt Agenda 2000 de Lisbonne, la Commission a prévu, cette fois, de définir sept « initiatives phares » et cinq « objectifs chiffrés » (par exemple 3 % des PIB consacrés à la recherche-développement) que les pays membres devront « traduire en objectifs nationaux avant l’été ». Et pour que personne ne tire au flan parmi les Vingt-Sept, il est prévu un mécanisme d’avertissements et de sanctions du même type que celui que prévoit le traité de Maastricht pour les comptes budgétaires.  L’Europe reprend sa marche en avant ! On a envie d’y croire. Voilà le rebond tiré par le resserrement de l’axe franco-allemand que nous vante l’Elysée. Paris et Berlin ne viennent-ils pas, justement, de signer une convention créant un régime matrimonial commun ?

 C’est un peu dommage qu’il y ait dans les journaux, en face de ces belles intentions déclarées, des articles décrivant la guerre institutionnelle permanente entre José Manuel Barroso et Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, non sans que s’en mêle José Luis Rodriguez Zapatero, dont le pays préside l’Union. Qu’on lise aussi des déclarations jalouses des capitales contre les décisions de Catherine Ashton, la haute représentante pour les Affaires étrangères de l’Union européenne, à laquelle on reproche par ailleurs d’être évanescente. Bref, dommage qu’il y ait cette pagaille totale de la gouvernance de l’Union.

 C’est un peu ennuyeux aussi qu’au bout du compte la meilleure solution pour aider et surveiller la Grèce soit d’en passer par les économistes du FMI. Soyons pragmatiques, bien sûr, le Fonds a l’expérience et la force. Mais pourquoi ne les a-t-on pas en interne ?

 C’est un peu regrettable de voir que, sur les OGM, la seule façon de sortir de l’immobilisme consiste à couper l’Europe en deux : chacun fera comme il l’entend. On aura d’un côté les pays « précautionneux », les inquiets de la science, refusant les OGM comme les nanotechnologies, avec, poitrine nue en avant, la fière France « qui montre l’exemple au monde entier » (comme à Copenhague !). Et de l’autre la majorité des Etats membres qui, plus modestes, vont cultiver des OGM et nous les vendre. C’est aussi un peu embêtant que la stratégie 2020 ressemble mot pour mot à celle de l’Agenda 2000 et que les sanctions prévues soient celles de Maastricht, lesquelles n’ont jamais été appliquées. C’est un peu chagrinant de comprendre qu’Angela Merkel ne concède de parler de « gouvernement économique » que pour souligner qu’il relève des Vingt-Sept et pas de l’Eurogroupe comme le veut Paris.

 On l’aura compris, la construction est pénible, toujours bancale et jamais crédible. L’Europe est devenue celle des nations. L’Union ne se construira solidement que sur trois piliers : le grand marché, comme le veulent, avec raison, les Britanniques, la rigueur dans la tenue des comptes publics, comme le disent, avec raison, les Allemands, et le « gouvernement économique », comme le demandent, avec raison, les Français, c’est-à-dire : une discussion sur la macroéconomie d’ensemble et une gestion des crises. Tant que Londres, Berlin et Paris ne se mettent pas d’accord, le discours européen est inaudible.

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