Apple : le retour de l’octroi

Les Echos – 03/02/2011

A première vue, le lancement, hier, de « The Daily », le premier quotidien conçu à 100 % pour l’iPad est une excellente nouvelle pour la presse. En crise, le monde du papier voit émerger avec la tablette d’Apple un nouveau canal de distribution lui permettant d’accélérer sa mutation numérique.

La réalité est malheureusement plus complexe. Car, après avoir dicté sa loi à l’industrie musicale – en imposant la vente à l’unité des chansons et leur prix de commercialisation -, Apple veut forcer la main à la presse. Alors que jusque-là les éditeurs pouvaient vendre directement des abonnements via l’iPad, la firme à la pomme a décrété qu’elle devenait l’unique agent de commercialisation. L’éditeur édite. Apple vend en empochant sa marge. « The Daily », qui accepte ces nouvelles règles, peut partir à l’assaut du marché. Ceux qui refuseront risquent d’être déréférencés de la boutique électronique d’Apple. Les éditeurs, qui perdront du coup aussi bien des revenus qu’un lien direct avec leurs lecteurs, s’inquiètent. Et ils ne sont pas les seuls. Car demain rien n’empêchera Apple de chercher à imposer des conditions similaires à la Fnac ou à Amazon en prélevant une commission sur la vente de n’importe quel livre numérique. Et pourquoi pas, à terme, de n’importe quel bien physique dont l’achat serait finalisé via un iPad ? Bref, c’est un « octroi Apple », dont devront s’acquitter tous ceux qui voudront faire de l’iPad un canal de commercialisation. eBay ou la SNCF pourraient bien être les prochains.

On croyait qu’Apple voulait créer et gérer avec l’iPad l’équivalent d’une galerie commerciale dans laquelle différentes boutiques indépendantes existeraient. On se trompait. L’idée est plus de constituer un grand magasin, dont l’unique caisse sera contrôlée par la firme de Steve Jobs. On rétorquera qu’Apple ne force personne à venir sur son iPad. Apple expliquera même que des tablettes concurrentes existent. Tout cela est exact, mais l’attitude de l’américain n’en reste pas moins choquante. D’abord parce que le géant de l’électronique se permet de modifier en cours de route, pratiquement sans préavis et de façon unilatérale, les règles du jeu. Ensuite, parce que aujourd’hui, l’iPad est encore très nettement dans une position dominante. Or, si les lois de la concurrence n’interdisent pas la domination, elles n’autorisent pas qu’on en abuse.

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