Le gaz, l’Etat et le marché

Les Echos

Le pouvoir fait son théâtre. «  L’augmentation du prix du gaz n’aura pas lieu », a décidé hier le Premier ministre, selon un communiqué de Matignon paraphrasant le titre de la pièce de Jean Giraudoux sur la guerre de Troie. Avec les mesures annoncées hier pour contenir le renchérissement de l’énergie, François Fillon s’inscrit dans l’air du temps. Un air du temps électoraliste, inflationniste, mais aussi et surtout interventionniste. Pour lutter contre des hausses de prix de plus en plus fortes, l’encadrement des prix revient à la mode alors que l’idée avait été patiemment extirpée de la société française par des gouvernements de droite et de gauche à partir de la fin des années 1970. Le PS le prône pour les loyers. L’UMP veut le faire pour l’énergie. L’Elysée y rêve pour les marchés internationaux de matières premières. Sur tout l’éventail politique désormais, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par Nicolas Sarkozy et Martine Aubry, l’Etat redevient le décideur suprême. Y compris dans le domaine où le marché semblait avoir fait la preuve de sa supériorité : la détermination des prix par l’équilibrage de l’offre et de la demande.

A y regarder de plus près, c’est plus compliqué. L’exemple du gaz, qui a provoqué le courroux des gouvernants, est édifiant. Car c’est l’Etat qui est en cause. Soucieux d’assurer la sécurité énergétique du pays, il a toujours privilégié les contrats d’approvisionnement à long terme, et les a imposés aux opérateurs comme GDF Suez via le contrat de service public. Etablis à l’époque où il n’existait pas de marché du gaz, les prix de ces contrats ont été indexés sur le produit le plus proche, le pétrole. Mais cette logique apparemment vertueuse est devenue infernale. Un marché du gaz a fini par se créer. Et une rupture technologique – l’extraction du gaz de schiste, dont par ailleurs beaucoup de Français ne veulent pas -y fait baisser les prix… alors qu’ils montent côté pétrole. Résultat : grâce à l’action de l’Etat, consommateurs et distributeurs paient de plus en plus cher un produit de moins en moins cher sur le marché. Il est temps de mettre fin à cette aberration. Le gel du prix, qui reporte la charge sur le distributeur (au premier chef GDF Suez), est une solution de court terme. Ensuite, l’augmentation du prix du gaz aura bien lieu, comme la guerre de Troie dans la pièce de Giraudoux. Après, il faudra remettre à plat non le fonctionnement du marché, mais les choix de l’Etat. Sa fameuse formule, mais aussi sa politique énergétique. Sans perdre de vue la sécurité de l’approvisionnement, un objectif oublié aujourd’hui par tous.

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