L’or, l’orage et l’oracle

Les Echos

L’or n’a jamais valu aussi cher. L’once a dépassé hier les 1.500 dollars. Son cours a été multiplié par deux en dix-huit mois, par cinq en dix ans. Cette flambée reflète un marché pris dans l’orage. Elle révèle aussi un oracle, une réponse à une interrogation profonde sur les équilibres monétaires et financiers de la planète.

L’orage est logique. Des investisseurs inquiets cherchent un refuge contre l’inflation, qui gagne le monde émergé, et contre la faillite des Etats, qui semble menacer les pays dits « avancés ». Le marché de l’or, qui est étroit, était déjà en manque. La demande, dopée par les achats d’une Asie en plein boom, approche 4.000 tonnes par an. Elle dépasse largement une production en deçà des 3.000 tonnes. L’équilibre suppose que des détenteurs de métal jaune vendent les bijoux de famille. Ce fut le cas pendant des années. Les banques centrales allégeaient leurs stocks. Mais, en 2010, pour la première fois depuis plus de vingt ans, elles ont acheté. Et la tendance se poursuit, avec des pays du Sud soucieux de diversifier leurs réserves.

Au-delà, cette montée de l’or nous transmet un message. Car ce n’est pas une matière première comme les autres. Il a constitué l’ancrage du système monétaire pendant des siècles, jusqu’au fameux 15 août 1971, où le président américain Richard Nixon cassa le lien devenu symbolique entre le billet vert et le métal jaune. Depuis, le monde monétaire et financier n’a plus de point fixe (l’euro a ainsi été la première grande monnaie créée sans aucune référence à un métal). Il va de bulle spéculative en bulle spéculative tandis que la valeur de la monnaie repose désormais sur des institutions et des hommes. Mais est-ce tenable ? L’économiste Jacques Rueff expliquait juste après le 15 août 1971 que « toute monnaie qui ne repose que sur la seule volonté des hommes conduit nécessairement à des excès ». Pour éviter d’être soumis à la tentation d’une création monétaire effrénée, les gouvernants des pays occidentaux ont certes rendu les banques centrales indépendantes. Mais cette indépendance a été mise à mal lors de la gigantesque crise financière qui a éclaté en 2007 et culminé en 2008. Les banquiers centraux ont financé une dette publique devenue incontrôlable. La Réserve fédérale des Etats-Unis, coeur de la finance mondiale, imprime même des billets pour acheter des obligations du Trésor. L’excès mine jusqu’au fondement du système. C’est le sens ultime de l’alerte donnée lundi par l’agence de notation Standard & Poors sur la dette américaine. C’est le sens, aussi, de la montée de l’or.

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