Penser l’immigration

Les Echos

Il n’est pas facile, au milieu du tintamarre émotionnel, dont la dernière illustration est le débat franco-italien sur les accords de Schengen, de faire entendre la voix de la raison. Singulièrement lorsque l’élection présidentielle approche et qu’un parti extrémiste surfe sur un marketing xénophobe particulièrement bien rodé. Dans ce contexte, oser prétendre que la France, aussi bien en stock qu’en flux, compte parmi les pays européens où l’immigration est la plus faible sonne presque comme une provocation. Mais l’économie a ceci de savoureux qu’elle bouscule sans vergogne les idées les mieux ancrées. Dans l’enquête que nous publions aujourd’hui, trois contrevérités, assénées avec une belle constance par le Front national – et, hélas, de plus en plus relayées par une classe politique sans réponse face à la montée du populisme -, sont ainsi démontrées. Un, il entre moins d’immigrés aujourd’hui en France qu’au début du XX e siècle. Dans les années 1920, la moyenne annuelle des arrivées était de 300.000 étrangers contre 200.000 aujourd’hui. Deux, les immigrés ne pèsent pas sur les comptes sociaux. S’ils sont plus nombreux à être bénéficiaires du RMI et des allocations chômage, la structure de leur population, plus jeune que celle des Français de souche, font qu’ils coûtent moins cher en matière de santé et de retraite, les deux postes les plus lourds de la protection sociale. Comme l’arrivée de nouveaux actifs est synonyme de plus de cotisations, la combinaison de ces deux phénomènes fait que la contribution globale des immigrés au budget de l’Etat est donc positive. Enfin, le travailleur étranger ne vole pas l’emploi des Français. C’est même le contraire puisque seule l’immigration est en mesure de répondre à la pénurie de main-d’oeuvre qu’affrontent aujourd’hui des pans entiers de notre économie en acceptant des travaux que les chômeurs français, les enquêtes le prouvent, rechignent à accepter. Ce dernier point explique la stupeur du monde patronal devant la proposition de Claude Guéant de limiter l’immigration légale. Pour les spécialistes du sujet, toutes ces notions ne sont nullement une découverte. Pour une partie de la population en revanche, notamment celle vivant dans les zones où l’on retrouve de forte concentration d’immigrés, ces évidences sont à peine audibles. Et c’est au nom de ce ressenti que plus aucun leader politique, à gauche comme à droite, ne se risque à la moindre pédagogie sur le sujet. Trop compliqué, trop risqué, pas assez payant sur le plan électoral. Sur ce sujet, c’est le Front national qui impose désormais le tempo.

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