YVES ZLOTOWSKI CHEF ÉCONOMISTE DE COFACE: « Un moment de vérité pour l’économie chinoise »

Les Echos

De passage à Pékin où il a présenté, hier, les perspectives économiques de Coface, l’assureur-crédit français, son chef économiste a expliqué aux « Echos » pourquoi le ralentissement de l’économie chinoise est une bonne chose.

De passage à Pékin où il a présenté, hier, les perspectives économiques de Coface, l’assureur-crédit français, son chef économiste a expliqué aux « Echos » pourquoi le ralentissement de l’économie chinoise est une bonne chose.

Craignez-vous un brutal ralentissement de la croissance chinoise ?

L’inquiétude actuelle autour de l’économie chinoise me semble un peu excessive. La question qui se pose aujourd’hui est celle de l’efficacité des politiques mises en oeuvre pour ralentir la machine, en particulier pour lutter contre l’inflation. On voit bien qu’il n’est pas facile de calmer le crédit. Si celui-ci est en légère baisse, il reste sur un taux de croissance annuelle de 17 %, ce qui correspond, dans d’autres pays comme l’Inde, à ce qu’on appelle un boom du crédit ! Si les autorités peinent à parvenir à leurs fins, c’est bien parce qu’il s’agit d’un vrai changement de système. L’économie chinoise moderne s’est construite sur des taux d’investissement extrêmement élevés : tout était conçu pour que les entreprises aient un accès facile aux financements. Pékin veut changer cela. C’est une transition normale et saine. La croissance va donc ralentir, mais dans des proportions raisonnables. Nous l’anticipons à 8,8 % cette année.

Comment se portent les entreprises en Chine ?

D’après nos dernières informations, l’année 2010 a été très bonne. En revanche, on sent une inquiétude poindre pour 2011 et elle nous semble justifiée. Car ce qui est tenable avec une croissance de 10 % ne l’est plus forcément lorsque le PIB progresse moins vite. Les entreprises chinoises font actuellement face à plusieurs chocs. Les matières premières renchérissent, l’inflation et la hausse du yuan pénalisent un peu plus leur compétitivité prix et, au même moment, les salaires connaissent de fortes hausses, ce qui est nécessaire pour dynamiser la consommation intérieure. Au final, beaucoup d’entreprises sont fragilisées, en particulier dans les secteurs à faible valeur ajoutée. Compte tenu du fait qu’il y a souvent, en Chine, des multitudes d’entreprises qui se copient et fabriquent des produits semblables, il risque d’y avoir de la casse. Ce qui pourrait aggraver la situation est le fait que certaines PME, privées de liquidités par les banques, ont eu recours au crédit interentreprises. Du coup, la faillite de l’une peut avoir des répercussions sur l’autre.

De bonnes perspectives macroéconomiques mais un contexte microéconomique plus sombre : n’est-ce pas paradoxal ?

Nous sommes simplement en train d’arriver à un moment de vérité. Depuis longtemps, les autorités chinoises veulent nettoyer leur tissu industriel. Mais la crise financière internationale a interrompu cette transition vers une politique de soutien à l’investissement plus sélective : les banques ont été sommées de prêter massivement afin d’éviter une hécatombe. Deux ans plus tard, l’heure est venue de retourner à la tendance de long terme. Les règles mises en oeuvre par Pékin en matière de protection de l’environnement sont plus strictes, les contrôles fiscaux se multiplient, le droit du travail est appliqué avec plus de fermeté : tout cela est de nature à éliminer les entreprises non viables. Ce n’est pas bon pour le risque de crédit, ça l’est pour l’économie chinoise à long terme. Il ne faut pas se laisser aveugler par la lutte contre l’inflation : derrière, le vrai sujet, c’est la pérennité de la croissance. Et donc son ralentissement.

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