La reconquête après « La Conquête »

Les Echos

Les spécialistes de science politique affirment, avec raison, qu’une élection présidentielle se joue dans les deux derniers mois de la campagne. Il est cependant un autre moment clef : cette période -qui s’ouvre -où naît, dans l’esprit du futur candidat, l’idée-force qui fédérera autour de lui. Cet instant où Nicolas Sarkozy a opté pour la « rupture », où Jacques Chirac s’est saisi de la « fracture sociale », où François Mitterrand a décidé d’incarner la « force tranquille ». Certes, ces concepts furent ceux de leur première élection et une réélection, entend-on, ne se bâtirait pas sur un rêve, mais sur la comparaison des compétences. Cependant, si « les conquêtes sont faciles à faire parce qu’on les fait avec toutes ses forces ; elles sont difficiles à conserver parce qu’on ne les défend qu’avec une partie de ses forces » (Montesquieu). Le pouvoir en place doit, s’il veut y demeurer et recouvrer la confiance des orphelins du sarkozysme, accomplir un effort réel et visible de renouvellement des idées et convaincre que le deuxième quinquennat sera beaucoup plus réformiste que le premier.

Tel un adolescent perdu, la France vit mal sa mutation. Déstabilisée par les immenses changements auxquels elle est confrontée -les siens comme ceux, infiniment rapides, du monde qui l’entoure -elle se replie sur elle-même, s’effraie des efforts à accomplir pour s’émanciper, refuse avec véhémence les conseils, meugle que personne ne la comprend, méprise le passé tout en voulant s’y réfugier et insulte l’avenir tout en refusant de s’y projeter. Face à cela, comme de nombreux parents perdant pied, l’immense majorité des politiques croit sincèrement bon de surprotéger les citoyens. Tous les candidats déclarés rivalisent déjà de promesses conservatrices, intenables et accélérant la nurserisation de nos vies (cf. notre chronique « Le choc annoncé des conservatismes », « Les Echos » du 5 avril 2011).

Pour les adolescents, les spécialistes de la puberté affirment qu’il faut faire tout l’inverse : sécuriser et intervenir, oui, mais uniquement pour les activités réellement dangereuses. Il faut, surtout, cesser de s’immiscer sur tous les sujets, faire expressément confiance, dans un cadre clair et responsabilisant, et ne pas guider son action sur l’ambition d’être aimé.

En cette période cruciale, Nicolas Sarkozy devrait s’entourer d’un « shadow cabinet » renouvelé, jeune, indépendant (y compris de lui), à jour de la science et en prise avec le monde. Il devrait reporter à plus tard sa lecture -évidemment précieuse -de Maupassant pour comprendre les vertus du cameronisme (de la Big Society au plan assumé de réduction des dépenses publiques de 100 milliards d’euros en cinq ans) et se nourrir des idées de Delpla (sur la dette et les privilèges), Thesmar et Landier (sur la société de la transparence), Sautet (sur la fiscalité et la concurrence), Huerre (sur la petite enfance et le besoin de responsabilité), Némo (sur l’école et la République), Bronner (sur le précautionnisme), Feldman (sur les institutions), Thaler et Sunstein (sur le fameux « nudge », ce « paternalisme libéral » qui oriente sans contraindre et correspond magnifiquement aux exigences complexes d’un pays égalitariste en mal de changement), etc. La (re)conquête, et la ringardisation de l’adversaire, n’est possible qu’au prix de ces efforts.

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