L’économie chinoise retombe sur terre

Les Echos

Et si la Chine calait ? Cette question, encore impensable il y a peu, s’est imposée ces dernières semaines, comme en témoigne la nervosité de la Bourse de Shanghai. Celle-ci a connu une chute de plus de 12 % depuis son pic de la mi-avril. Plusieurs statistiques sont venues prouver que le ralentissement de l’économie chinoise n’était plus une hypothèse, mais bien une réalité. Tout à son combat contre l’inflation, la banque centrale appuie sur la pédale de frein pour limiter le crédit, comme elle vient de le faire avant-hier encore en relevant une nouvelle fois le taux des réserves obligatoires des banques. Ce qui a fini par se répercuter sur le moral des investisseurs… et sur la production industrielle. Bien que la croissance de cette dernière reste solide, elle est au plus bas depuis neuf mois. Tous les économistes revoient à la baisse leurs perspectives économiques. Il y a certes une forme de surréaction de la part des marchés, car l’hypothèse d’un brusque effondrement apparaît très peu probable. Mais il semble de plus en plus clair que la vitesse de développement de l’empire du Milieu est en train de s’assagir.

La liste des écueils à éviter s’allonge. Cela fait plusieurs trimestres que l’inflation s’est installée dans le paysage et qu’elle inquiète Pékin. Mardi, on a appris qu’elle avait atteint 5,5 % en mai, un record en trente-quatre mois, et tout porte à penser que le chiffre de juin sera pire encore. Mais, désormais, des problématiques sectorielles viennent s’ajouter à ce tableau. Au premier rang desquelles figure l’automobile. Dynamisée par des subventions sur les modèles les moins gourmands en carburant, celle-ci a connu, ces deux dernières années, une croissance vertigineuse : les ventes de véhicules ont encore augmenté d’un tiers l’an dernier, pour atteindre 18 millions d’unités, un nouveau record mondial. Mais l’ère des subventions est terminée et le retour à la normale pourrait être douloureux. La croissance du marché est en nette baisse, au moment même où tous les constructeurs mondiaux se ruent sur la Chine. Il risque d’y avoir de la casse. Pékin craint le surinvestissement et accorde au compte-gouttes ses autorisations pour de nouvelles implantations d’usine. Autre secteur important pour l’industrie et que l’on met aujourd’hui à la diète : le ferroviaire. Après des années de démesure dans les lignes à grande vitesse, les autorités tentent de remettre de l’ordre dans le ministère des Chemins de fer, extrêmement endetté. Le ralentissement est incontestable. Ces deux exemples illustrent la même tendance. Après avoir été dopée aux stéroïdes, dans le cadre d’un plan de relance massif qui a presque permis au pays de passer entre les gouttes de la crise financière mondiale, l’économie chinoise retombe sur terre. Certains avaient cru structurelle sa croissance de plus de 10 % l’année dernière ; on sait désormais qu’elle était conjoncturelle. Or, s’il est un secteur dans lequel la fin du plan de relance est plus flagrante qu’ailleurs – et plus douloureuse -c’est le système bancaire. Ici, la situation est plus périlleuse encore, car, du fait de l’inflation, Pékin est obligé de passer d’un extrême à l’autre. Il y a deux ans, la moindre demande de crédit était validée dans l’heure ; actuellement, la presse chinoise raconte le quotidien de PME prises à la gorge dans un monde d’où le cash s’est retiré. Après avoir rehaussé quatre fois les taux d’intérêt, et neuf fois les taux de réserves obligatoires des banques, la banque centrale chinoise est parvenue à un résultat insatisfaisant. Car les grandes entreprises d’Etat, jamais très loin du pouvoir, continuent d’avoir accès au crédit, quoiqu’un peu plus cher. Et ce sont les entreprises privées qui trinquent. Le marché du crédit « au noir » explose : rejetées par les banques, elles se tournent vers des prêteurs privés, pratiquant des taux le plus souvent supérieurs à 50 %, ou elles se prêtent entre elles. En cas de faillite de l’une d’elles, cela constitue un risque de réaction en chaîne récemment pointé du doigt par l’assureur-crédit français Coface. Céder au catastrophisme serait bien sûr une erreur, car l’énorme épargne des ménages chinois joue depuis longtemps un rôle de financement invisible de l’économie. Mais si l’entraide familiale peut suffire pour ouvrir un restaurant ou une petite boutique, qu’en est-il des entreprises de taille intermédiaire ? On touche là aux limites d’un système financier encore profondément monolithique et étatique, conçu pour être d’abord une courroie de transmission entre la décision de Pékin et la vie des grands groupes chinois. Si ce mode de fonctionnement s’était révélé d’une efficacité redoutable lors du plan de relance, on redécouvre aujourd’hui qu’il ne débouche que rarement sur une allocation des ressources fondée sur des critères rationnels de solvabilité de l’emprunteur ou de solidité de son projet. Ce qui aboutit à des distorsions de marché : les grands groupes payent leurs liquidités à un prix anormalement faible, au risque de surinvestir, tandis que les petits subissent des prix trop élevés.

Or, au même moment, ces derniers font face à l’envolée des coûts de main-d’oeuvre, à l’appréciation du prix de l’électricité, conséquence de celle du charbon, et à la hausse du yuan, qui pénalise leur compétitivité à l’export. Il semble clair que les entreprises les plus vulnérables ne survivront pas. Ce n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise chose pour un pays qui cherche à monter en gamme et donc à se débarrasser de ses industries à très faible valeur ajoutée. Mais, pour emprunter le vocabulaire de la théorie économique, toutes les destructions ne sont pas nécessairement « créatrices ». Pour permettre à ses entreprises les plus prometteuses d’innover et de se développer, la Chine va devoir faire sa révolution financière afin que la ressource monétaire soit utilisée au mieux. C’était depuis toujours une perspective de long terme. Mais, aujourd’hui, à l’heure où il ne suffit plus d’appuyer sur le bouton « production » pour que les marchés développés absorbent les exportations chinoises, cela devient un impératif.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :