Depuis trente ans, Athènes a gâché les confortables aides de Bruxelles

Les Echos

La Grèce a reçu des dizaines de milliards d’euros de fonds européens ces trente dernières années. Mais le rattrapage économique espéré n’est pas vraiment au rendez-vous.

Ces derniers mois, l’image d’une Grèce « tonneau des Danaïdes » qui engloutirait en pure perte les milliards d’euros prêtés par ses partenaires s’est solidement installée, surtout de l’autre côté du Rhin. La solidarité de l’Union européenne est pourtant bien antérieure et s’est largement exercée ces trente dernières années via les politiques de cohésion. Le principe en est simple et fondé sur la redistribution : toute région d’Europe dont le revenu (PIB) est inférieur à 75 % de la moyenne de l’Union reçoit des subventions qui sont autant d’investissements dans l’avenir, des infrastructures routières et ferroviaires à l’aide aux PME et à la formation en passant par l’accès aux nouvelles technologies. La Grèce a bénéficié de 26 milliards d’euros de ces fonds structurels entre 2000 et 2006 et d’une enveloppe de 20,4 milliards pour les années 2007-2013, sans compter les prêts de la Banque européenne d’investissement et du Fonds européen d’investissement. A peu près autant que le Portugal. Soit encore 300 euros par habitant et par an.

Un « rapport au temps »

Mais pour quel résultat ? La convergence vers les pays les plus développés de l’Union est-elle au rendez-vous ? «  Des économies les plus aidées, Irlande, Espagne, Portugal et Grèce, c’est cette dernière qui a réalisé le rattrapage le plus faible », juge un ancien collaborateur du commissaire Barnier, lorsqu’il était chargé de la Politique régionale entre 1999 et 2004. Dans le dernier rapport de cohésion de la Commission (novembre 2010), on trouve trois régions grecques sur les dix qui en Europe ont le plus faible niveau de dépenses en recherche et développement. Idem pour la compétitivité. Le problème ne vient pas tant de la gestion de ces fonds : la Grèce affiche un taux d’utilisation des fonds de développement régional (le Feder) supérieur à la moyenne européenne, ce qui prouve que son administration est parfaitement capable de gérer ces procédures complexes.

Depuis la crise, un expert de la Commission s’est installé dans les services du vice-Premier ministre, Théodore Pangalos, pour faciliter la gestion de ces projets d’investissement, vitaux en ces moments de grave crise financière. La difficulté vient plutôt d’un certain «  rapport au temps  » doublé d’un nationalisme à fleur de peau : «  Nous avons tenté à plusieurs reprises de les aider à financer un cadastre. Mais ils ne voyaient pas l’urgence d’en disposer et exigeaient de faire intervenir exclusivement leurs géomètres, dont les honoraires valaient trois fois ceux d’un géomètre allemand  », raconte ce témoin privilégié. Résultat, «  ils ont dû rendre l’argent qu’on leur avait avancé  ». La «  désorganisation de l’appareil public  » a aussi obligé Bruxelles à bloquer l’avance des fonds structurels prévue pour l’année 2000, car la loi grecque nécessaire au contrôle des fonds communautaires n’avait pas été votée dans les temps. Un cas unique à l’époque. Dernier exemple de « l’indolence » grecque, le remboursement exigé de 390 millions d’euros d’aides agricoles indûment perçues en 2009 et 2010, pour cause de « coûts non admissibles »

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