« A moins d’un nouveau choc, la Réserve fédérale ne va rien faire avant six mois »

Les Echos

ETHAN HARRIS CHEF ÉCONOMISTE DE BANK OF AMERICA MERRILL LYNCH

Quel a été selon vous l’impact du QE2 ?

Quand la Fed a commencé à parler du QE2, nous avons indiqué que cela ne rapporterait que deux dixièmes de point de croissance cette année, ce qui n’est pas beaucoup et c’est sans doute dans la fourchette haute. Il s’agissait, en fait, d’une petite mesure même si la taille paraît conséquente -600 milliards de dollars . Surtout elle a été très critiquée dès le départ, ce qui a sapé la confiance dans cette stratégie. Certes, l’annonce du QE2 a contribué à ce que les perspectives d’inflation remontent un peu et a donné un petit coup de fouet aux marchés boursiers, mais les améliorations sont surtout venues d’éléments extérieurs. A l’époque, les trois facteurs qui pesaient sur l’économie se font moins pesants : les craintes sur la Grèce s’apaisent, on comprend que l’administration Obama va étendre les réductions d’impôts de George Bush. Et celle-ci a choisi des conseillers plus proches du monde des affaires… ce qui diminue les craintes sur un surcroît de réglementation. Le QE2 s’inscrit donc dans un ensemble plus vaste.

Pensez-vous que la banque centrale puisse envisager un QE3 ?

Rappelez-vous les conditions qui ont précédé au lancement du QE2. Il y avait eu, depuis le discours de Ben Bernanke à Jackson Hole en août, cinq mois consécutifs avec des mauvais chiffres pour l’emploi -nous n’avons que le mois de mai -, accompagnés d’indicateurs qui soulignaient la faiblesse de l’inflation. Un QE3 est toujours possible, mais cela prendra du temps, après une période assez étendue marquée par une croissance et une inflation faibles. Les investisseurs anticipent un QE3 parce qu’ils aimeraient le confort d’un Bernanke qui fournisse de nouvelles liquidités. Mais cela n’arrivera, malheureusement pour eux, qu’après une chute marquée des marchés boursiers qui résulterait d’une croissance très faible et d’une baisse conséquente de l’inflation.

Quelle est la marge de manoeuvre de la Réserve fédérale ?

Elle ne va rien faire avant au moins six mois. Elle est comme engluée sur le bouton pause pour l’instant et ne bougera pas à moins qu’il y ait un gros choc sur l’économie. Si la faiblesse de l’économie persiste, elle pourra racheter des crédits immobiliers. Si elle veut être vraiment agressive elle peut décider d’une cible pour le rendement d’emprunts d’Etat à long terme et décider d’acheter jusqu’à ce qu’il tombe, par exemple, à 2 %. Au lieu d’annoncer un montant, la Fed indique le taux d’intérêt qu’elle veut atteindre. C’est un engagement qui n’a pas de limite claire et qui est donc fort. Il y a beaucoup de petites mesures que la Fed peut prendre, comme baisser les taux d’intérêt sur les réserves des banques, mais ça ne fera pas grand-chose, pas plus que d’annoncer qu’elle maintiendra les taux directeurs tels quels pour encore un moment. Si jamais elle lançait un QE3, il faudrait qu’elle obtienne des soutiens, autrement ce sera un désastre. La Fed ne manque pas de munitions, elle en aura toujours. Le problème est que le retour de cette politique d’assouplissement quantitatif n’est pas très bon. Les choix sont donc plus difficiles.

On parle à nouveau de dépression, l’économie américaine est-elle si vulnérable ?

Les moteurs de l’économie aujourd’hui sont les exportations et les investissements des entreprises. Ce sont de petits moteurs pour une économie qui oscille entre 2 % et 3 % de croissance et qui est vulnérable aux chocs, comme on a pu le constater. L’envol des prix de l’énergie et des matières premières a été un gros choc, le tremblement de terre au Japon également. Il y aura probablement un sauvetage de la Grèce, mais si ce n’est pas le cas il y aura une crise qui frappera aussi durement les Etats-Unis. Et puis nous avons notre propre crise à gérer avec le plafond de la dette. Si cela n’est pas résolu, ce sera un nouveau choc sur la croissance. Il y a donc un risque significatif que la période de ralentissement que nous connaissons se transforme en bourbier. Nous sommes à un moment difficile pour l’économie mondiale.

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