L’assouplissement quantitatif a créé de nouvelles règles du jeu pour le dollar

Les Echos

Les différents programmes d’assouplissement quantitatif ont accentué le long mouvement d’affaiblissement structurel du dollar, amorcé depuis 2002. Un des prix à payer pour essayer de relancer l’économie américaine sur les rails d’une croissance durable et solide

Le dollar aura été la victime collatérale mais consentante des différents programmes d’assouplissement quantitatifs. Au grand dam des autorités américaines, la liquidité ainsi créée ne s’est pas beaucoup investie à Wall Street ou sur les autres segments obligataires américains (immobilier…), mais davantage à l’étranger et sur des actifs comme les matières premières, ce qui a alimenté la hausse des devises dites matières premières, celles de pays exportateurs de denrées ou métaux (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Brésil…) et pesé sur la tenue du billet vert. Ainsi, hormis la parenthèse mars 2008-mars 2009 où il s’apprécia, le dollar a poursuivi son mouvement de baisse structurel entamé depuis 2002. Un mouvement qu’a contribué à accentuer la politique monétaire américaine, beaucoup plus expansionniste que celle de ses grands partenaires commerciaux.

Le dogme du dollar fort perdure

« Il est révélateur que le discours de Ben Bernanke à Jackson Hole en août 2010, un des actes fondateurs de la politique d’assouplissement quantitatif, n’ait fait aucune référence au taux de change, dollar ou compétitivité », soulignent Willem Buiter et Ebrahim Rahbari, économistes chez Citigroup, qui expliquent cette omission par une raison simple : les autorités américaines étaient parfaitement conscientes de l’affaiblissement du billet vert qu’elles allaient causer et ne voulaient pas donner l’impression qu’elles le souhaitaient de manière intentionnelle, ce qui aurait relancé les débats et polémiques autour d’une guerre des changes. Car, officiellement, depuis que le secrétaire au Trésor Robert Rubin l’avait énoncée en 1995, la politique américaine de change est celle d’un dollar fort. Même si, dans la pratique, le pays s’accommode fort bien d’un billet vert faible si tant est qu’il ne dégénère pas en une crise de confiance à l’égard des Etats-Unis et de ses actifs, au premier rang desquels le T-bond.

En effet, plus les investisseurs non résidents croiront que le dollar va baisser, plus ils exigeront des taux d’intérêt élevés pour compenser leur perte de change potentielle. Les autorités américaines souhaitant plus que jamais maintenir les rendements à un bas niveau pendant encore un certain temps compte tenu d’une croissance faible, elles ne vont pas se départir dans leurs déclarations du dogme du dollar fort. Seulement, « cet écart entre la rhétorique et la réalité risque d’entamer la réputation des autorités américaines et d’affaiblir l’efficacité de leurs décisions futures », estiment les économistes de Citigroup.

Interrupteur des risques

« Depuis le début de la crise, les marchés ont dû se rendre à l’évidence qu’une économie américaine faible n’est pas nécessairement négative pour le billet vert », constate David Bloom, responsable de la stratégie et recherche sur les devises chez HSBC. Selon lui, le dollar est désormais une monnaie résiduelle dont l’évolution est la résultante de l’ « interrupteur des risques » des marchés, qui peut être en marche ou éteint. Exemple ? Un bon chiffre de l’emploi américain, qui aurait fait grimper à coup sûr le dollar avant les programmes d’assouplissement quantitatif, ne le fait pas nécessairement monter depuis. Un bon chiffre est certes perçu comme bon pour les Etats-Unis mais encore mieux pour tous les autres actifs risqués, au premier rang desquels les marchés émergents, et « acheter ces derniers revient peu ou prou à vendre du dollar », explique l’économiste, qui voit dans ce phénomène nouveau un changement dans le statut du dollar, dépossédé d’une partie de sa primauté sur les autres monnaies.

Ce sont donc les actifs risqués (émergents, matières premières), alimentés par les différents QE, qui guident son évolution. « Une analogie peut être faite entre la situation actuelle et les années 1980. A cette époque, les marchés des devises étaient focalisés sur les chiffres des échanges commerciaux, rappelle David Bloom. Ces statistiques ont été éclipsées par celles relatives aux flux financiers, dont l’importance s’est accrue. Un changement de paradigme comparable à celui auquel nous assistons sur les marchés. » De nouvelles règles du jeu pour le billet vert.

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