Comment aborder la « zone d’incertitude » énergétique

Patrick Roméo est président du groupe Shell en France

Les événements spectaculaires récents impactant la fourniture d’énergie (Fukushima, Libye) viennent s’ajouter à plusieurs tendances inexorables qui façonnent notre avenir et contribuent à augmenter le prix de l’énergie. La population mondiale de 7 milliards d’habitants aujourd’hui va croître à 9 milliards en 2050 (une Chine et une Inde supplémentaires) avec des besoins en ressources auxquels il faudra répondre. Des millions de gens émergent parallèlement de la pauvreté : ils achètent leur première voiture, leur premier ordinateur ou réfrigérateur…

Conséquence de ces tendances, une expansion de la demande énergétique et des contraintes croissantes imposées à l’environnement. Continuer à utiliser l’énergie comme aujourd’hui contribuerait à tripler les besoins énergétiques de la planète d’ici à 2050, alors que de nombreux scientifiques s’accordent à dire que les émissions de CO2 doivent être réduites de moitié dans le même temps pour éviter de graves changements climatiques. Les experts des « scénarios Shell » pensent que, d’ici à 2050, il pourrait y avoir un gouffre entre l’offre et la demande énergétique mondiale, de taille comparable à la demande totale en énergie en l’an 2000 ! Pour le combler, il faudra augmenter spectaculairement la production et réduire drastiquement la consommation. Et les moyens pour y arriver restent confus, d’où une « zone d’incertitude » qui se révélera zone de malheurs ou d’opportunités extraordinaires selon la manière dont le monde va réagir.

Alors qu’on prévoit une augmentation de la demande en électricité de 75 % au cours des vingt prochaines années, comment choisir le combustible pour éclairer, chauffer et climatiser nos maisons ou alimenter nos industries ?

Le charbon contribue aujourd’hui à 40 % de la production mondiale d’électricité. Dans certains pays, comme la Chine, l’électricité provient à 80 % de centrales au charbon, qui, dans le sillage de l’accident nucléaire au Japon, pourraient sans doute se développer pour apaiser les inquiétudes des populations en termes de sécurité industrielle. Hélas, l’impact de l’usage du charbon sur l’environnement est colossal. Aujourd’hui, la production d’électricité par le charbon concourt à 80 % des émissions de CO2 aux Etats-Unis et à environ 70 % en Europe et en Inde.

La part croissante des énergies renouvelables – comme l’éolien et le solaire -va dans le bon sens mais, même si elles se développaient rapidement, elles ne pourraient fournir d’ici à 2050, selon un récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qu’environ 30 % de l’offre énergétique mondiale. Pour produire l’électricité, le gaz sera un atout. Les centrales électriques qui fonctionnent au gaz naturel produisent entre 50 et 70 % de moins de CO2 que celles au charbon. Moins coûteuses et plus rapides à construire, elles peuvent être plus facilement démarrées et arrêtées, les rendant idéalement complémentaires d’énergies plus intermittentes comme le solaire et l’éolien. En bref, pour de nombreux pays, le gaz est plus rapide et plus économique pour répondre aux besoins énergétiques croissants tout en réduisant les émissions de CO2. Le monde devra également se montrer plus astucieux quant à la manière d’utiliser les énergies. Parlons des villes puisque, d’ici à 2050, trois quarts de la population mondiale sera citadine (contre la moitié aujourd’hui). Selon ONU-Habitat, loger la population citadine mondiale croissante, nécessiterait de construire 1 ville de 1 million d’habitants par semaine pendant les 30 prochaines années. Les choix d’urbanisme pourront alors avoir une influence énorme car 80 % des émissions de CO2 proviennent des grands centres urbains.

Une étude récemment réalisée par Shell sur les économies de 20 pays développés a montré que les automobilistes américains roulent deux fois plus et consomment trois fois plus d’énergie que leurs homologues européens compte tenu de l’étendue des villes américaines et du faible coût des carburants. Enfin, les subventions gouvernementales sur l’énergie encouragent la surconsommation. Une récente étude a conclu que supprimer les 300 milliards de dollars de subventions annuelles sur les carburants permettrait d’économiser assez d’énergie pour satisfaire les besoins énergétiques du Japon, de la Corée et de la Nouvelle-Zélande. Il est donc temps de mieux choisir nos énergies et leurs utilisations. Reporter ces actions accroît le risque d’instabilité et d’incertitude comme l’a montré l’actualité récente. Nous devons donc agir dès maintenant pour façonner notre avenir énergétique.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :