Rebâtir les banques centrales

Les Echos

Pour les banques centrales, le temps tourne à l’envers, comme dans le film « L’Etrange Histoire de Benjamin Button ». Autrefois, les banques centrales étaient des « old ladies », de vieilles bourgeoises soucieuses avant tout du respect des convenances, qui aimaient prendre le thé ensemble. Puis elles ont connu la force de l’âge. Les gouvernements les ayant affranchies en leur confiant le pouvoir monétaire, elles sont devenues le centre de la finance mondiale et leurs présidents des stars planétaires. Ces dernières années, elles ont encore pris un coup de jeune. Dans une économie et une finance dévastées par la plus effroyable crise depuis près d’un siècle, elles sont devenues les héroïnes des temps modernes, le dernier rempart contre le chaos, les ultimes institutions encore en mesure d’inonder le monde de liquidités. Avec cette cure de jouvence, elles ont oublié leur prude passé. Elles sont même devenues des dames de petite vertu. Car, pour sauver le monde de la catastrophe, elles ont sacrifié leur pureté en renonçant à leur indépendance.

Cette métamorphose a été soigneusement masquée. Dans le jargon des experts, on ne parle pas de dépravation mais de « mesures non conventionnelles ». Dans le langage des juristes, les banques centrales sont toujours des institutions protégées de l’emprise du politique. Mais, dans la réalité, il en va tout autrement. Car elles achètent désormais des tombereaux d’obligations émises par les Etats. La Réserve fédérale des Etats-Unis compte dans son bilan plus de 1.100 milliards de dollars de Treasury Bonds émis par Washington. La Banque centrale européenne a dépassé récemment les 100 milliards d’euros. Elles avaient évidemment d’excellentes raisons de le faire. Seuls les partisans de l’apocalypse auraient préféré qu’elles restent fièrement sur leur réserve. Mais en achetant massivement ces obligations avec l’argent qu’elles ont fabriqué, elles ont fait exactement l’inverse de la mission qui leur avait été confiée : préserver à long terme la valeur de la monnaie.

 Il faut espérer que le temps va s’accélérer pour les banques centrales, qu’elles vont vite passer leur adolescence et leur enfance pour en venir… à leur renaissance. Elles devront avoir pour objectif non plus seulement le maintien de la valeur de la monnaie, mais aussi celui de la stabilité financière. Elles agiront non plus seulement quand les prix s’emballent, mais aussi quand le crédit s’enflamme. Et comme elles devront arbitrer entre plusieurs objectifs, leur indépendance devra être d’une autre nature – dans une démocratie, les arbitrages restent l’apanage du politique. Le chantier institutionnel est immense. Et le permis de construire n’a pas encore été déposé.

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