« Il est trop tôt pour que la banque centrale américaine annonce de nouvelles mesures »

Les Echos – RICHARD LACAILLE DIRECTEUR MONDIAL DES INVESTISSEMENTS DE STATE STREET GLOBAL ADVISORS

Que doivent faire les autorités européennes pour endiguer la crise ?

Il faut déjà commencer par mettre en oeuvre sans tarder ce qui a été annoncé le 21 juillet, notamment le renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Il faudra aussi, sans doute, procéder à une recapitalisation des banques européennes. Si on les regarde individuellement, la plupart des banques ont suffisamment de fonds propres. Mais nous sommes au coeur d’une crise sans précédent, et il ne serait pas inutile, pour accroître le niveau de confiance, de recapitaliser le secteur bancaire européen pris dans sa globalité. Les investisseurs savent que cela serait bénéfique pour l’ensemble des marchés et des entreprises européennes, même si cela s’avère douloureux pour certaines banques.

Comment analysez-vous l’action concertée des banques centrales, jeudi ?

Cette intervention permet d’alléger la pression sur la liquidité de certaines institutions financières. Nous avons déjà vu des actions de ce type en 2008, et il y avait eu des rumeurs, aussi ce n’est pas vraiment une surprise. Toutefois, le fait de réactiver les prêts à 3 mois en dollars ne permet pas de résoudre le problème numéro un qu’est le risque de contagion de la crise de la dette européenne. Plusieurs valeurs financières européennes ont besoin d’une recapitalisation. Les problématiques de dette de la Grèce, de l’Espagne ou de l’Italie sont loin d’être résolues et vont continuer de créer des pressions sur les valeurs financières et de la volatilité dans un avenir proche. Au moins jusqu’à ce qu’il y ait des mesures pro-actives des autorités européennes.

Que peut faire de plus la Banque centrale européenne ?

Il faut qu’elle renforce son programme de rachats d’actifs. La BCE, qui a déjà acquis plus de 140 milliards d’euros d’obligations des pays périphériques, doit en acquérir davantage, comme l’a fait la Réserve fédérale américaine (Fed) avec son deuxième programme d’assouplissement quantitatif (600 milliards de dollars). Il faudrait que les achats atteignent au moins le montant du FESF pour être efficaces (440 milliards d’euros).

Les euro-obligations peuvent-elles être une solution ?

Cela aurait le mérite d’accélérer la cohésion en zone euro, de faire gagner plusieurs années à l’Union économique et monétaire. C’est une solution qui serait très « élégante » car elle permettrait de mutualiser le risque et de faire avancer la solidarité entre pays. Mais ce ne peut être une solution aux problèmes actuels. Cela prendra du temps à mettre en place, car c’est très complexe à réaliser.

Qu’attendez-vous de la réunion du comité monétaire de la Fed, cette semaine ?

Je ne crois pas qu’il faille attendre grand-chose de cette réunion. Elle est en fait assez mal placée dans le calendrier. Barack Obama vient à peine d’annoncer son plan pour l’emploi, de près de 450 milliards de dollars. Celui-ci va suivre tout un processus parlementaire et il faut voir dans quel état il ressortira. A mon sens, il est trop tôt pour que la banque centrale américaine annonce de nouvelles mesures.

Les investisseurs ne risquent-ils pas d’être déçus si rien n’est annoncé ?

Je ne le crois pas. Le président de la Fed, Ben Bernanke, ne s’est engagé à rien. Lors du discours de Jackson Hole, il a simplement dit que la Fed avait différentes armes à sa disposition si c’était nécessaire. Mais elle n’a pas encore toutes les cartes en mains pour décider.

Comment voyez-vous les marchés évoluer dans ce contexte ?

Nos indicateurs d’aversion au risque sont extrêmement élevés. Même si la valorisation des actions est faible, les investisseurs restent très prudents. La Bourse est guidée par la macroéconomie. Toutefois, dès que les investisseurs auront plus de visibilité, les marchés vont se reprendre. Les sociétés sont en bonne santé financière et elles ont dégagé de solides résultats. C’est pourquoi nous surpondérons toujours les actions européennes. Nous nous attendons à une hausse de 8 à 10 % du MSCI Europe dans les six à douze mois.

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