Europe : l’heure de vérité

Les Echos

Si l’on fait le bilan de l’action des dirigeants de la zone euro (couple franco-allemand, BCE et Commission) depuis l’éclatement de la crise grecque début 2010, un trait récurrent s’impose : la propension à nier la réalité et à retarder jusqu’à la dernière extrémité les mesures attendues par les marchés et nos grands partenaires du G20, et recommandées par de nombreux experts. S’agissant du traitement initial de la crise grecque, les dirigeants européens ont d’abord refusé l’intervention du FMI, avant de s’y rallier faute de pouvoir s’en passer pour des raisons à la fois financières, techniques et politiques. Ils ont ensuite – jusqu’en juillet 2011 -rejeté toute idée de restructuration ordonnée de la dette grecque, en invoquant une série de raisons plus ou moins légitimes, jusqu’à ce que l’accroissement mécanique de l’endettement d’Athènes résultant de cette politique rende incontournable l’évidence de l’insolvabilité du pays. Lorsqu’au sommet du 2 juillet 2011, ils se sont enfin rendus à la nécessité de réduire le stock de dette grecque, ils l’ont fait de manière très insuffisante, et finalement avantageuse pour les banques créancières. Là encore, ce constat fut fait par de nombreux analystes dès l’adoption du plan, mais les autorités ne l’admettent qu’aujourd’hui, tandis que ce plan réputé urgent n’est toujours pas ratifié.

Entre-temps, et du fait de ces atermoiements, la crise grecque – financièrement gérable à l’échelle de la zone euro -s’est amplifiée en crise systémique, par cette contagion de la périphérie vers le centre que le refus d’une restructuration de la dette était censé prévenir. La même propension au déni de réalité et à l’action au pied du mur se retrouve dans le traitement de cette crise de bien plus grande ampleur, qui menace désormais l’économie mondiale. A la différence de ce qui fut fait outre-Atlantique dès 2009, le refus de s’attaquer de front à la fragilité du système bancaire européen après la crise financière mondiale a aggravé la crise de la dette souveraine.

Tandis que les « stress tests » européens ne rassuraient personne, la crainte de faillites bancaires pesait lourdement sur le refus de laisser les créanciers d’Athènes prendre leurs pertes. Ce n’est que depuis quelques jours, et de nouveau au bord du gouffre, que la nécessité évoquée de longue date d’une recapitalisation de certaines banques – corollaire nécessaire de la résolution de la crise de la dette -se trouve enfin à l’ordre du jour. Le montant des ressources et l’étendue des prérogatives du Fonds européen de stabilité financière, la date d’entrée en vigueur du Mécanisme européen de stabilité constituent d’autres illustrations de cette politique des petits pas. L’expérience des pays émergents a sans doute été trop longtemps ignorée au nom de la spécificité de la zone euro, et le coût de l’atermoiement – perte de crédibilité des dirigeants politiques, récession et peut-être pire -, grandement sous-estimé.

Puissent le Conseil européen des 17-18 octobre et le sommet du G20, qui clora la présidence française début novembre créer la surprise, en ajustant enfin les décisions européennes au niveau actuel des attent s : une réduction significative de la dette grecque dans le cadre de l’Union économique et monétaire, une solidarité financière et un fédéralisme budgétaire au sein du noyau le plus solide de la zone euro, et un plan d’ensemble pour régler parallèlement la crise bancaire et la crise de la dette souveraine européenne

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