Ecouter le messager

Les Echos

Aquelques mois de l’élection présidentielle, la perspective d’une perte de la fameuse note triple A, ce sésame permettant aux grands emprunteurs de la planète de s’endetter au moindre coût, rappelle à quel point l’expression de la souveraineté nationale est contrainte dans un Etat fortement endetté et déficitaire. A quel point, aussi, la force de la parole politique d’un pays dépend de son crédit financier. Qui peut croire qu’une France déclassée serait autant écoutée sur la scène européenne ? Qui peut imaginer, en pleine crise de la dette, que l’équilibre subtil de la relation entre Paris et Berlin ne serait en rien affecté par l’amoindrissement de notre capital de confiance auprès des investisseurs ? N’y verrait-on pas le signe que la France tend à rejoindre lentement le groupe des économies du sud de l’Europe, dont elle partagerait déjà certains traits ?

Bien sûr, on peut toujours critiquer les agences de notation, et ce d’autant mieux qu’elles ont commis leur lot d’erreurs, que leurs méthodes manquent parfois de pertinence, que leurs chères « opinions » amplifient les réactions moutonnières des investisseurs. Et puis personne n’aime le messager porteur de mauvaises nouvelles… Le message, pourtant, mérite d’être écouté et il appelle un sursaut.Il faut l’écouter car il rejoint celui de nos créanciers. On ne peut l’ignorer sachant que 60 % de notre dette est détenue par des investisseurs étrangers. Or, pour eux, nous avons déjà perdu notre triple A ! L’Etat français n’offre plus les meilleures garanties : il s’endette à 3 % sur dix ans contre 2 % pour les Etats-Unis qui ont été dégradés d’un cran et 1 % pour le Japon qui l’a été de quatre. Quant à l’Etat britannique, plus lourdement déficitaire mais bénéficiant de la même note que la France, il trouve à s’endetter à seulement 2,5 %…

Ce message appelle surtout un sursaut car si la perte du triple A n’est pas une fatalité, elle pourrait être catastrophique. Avec le maintien d’un crédit élevé se joue la capacité de notre pays à faire face à une crise bancaire et à contribuer à la stabilisation de la zone euro. La dégradation de la note française fragiliserait en effet immédiatement tout l’édifice que l’Europe est en train de mettre en place péniblement et pourrait même entamer le crédit de l’Allemagne. La France, dos au mur, doit faire preuve d’une détermination à la britannique pour conserver ce bien collectif que constitue son triple A.

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