Taxer les transactions financières, un remède à la spéculation ?

Les Echos – Frederic Bonnevay, économiste, associé d’Anthera Partners, membre du cercle des fiscalistes

Depuis la faillite de Lehman Brothers, une piste régulièrement évoquée pour endiguer la spéculation consiste à taxer les transactions financières. Déjà envisagée en 2009, l’idée a été reprise, cette année, par la plupart des dirigeants européens. Cet instrument, imaginé par l’économiste James Tobin, serait capable de décourager les opérations de trop court terme, supposées « spéculatives ». En outre, son taux faible appliqué à une base tendue procurerait des recettes fiscales élevées sans tarir les flux d’échanges. Des planchers de 0,1 % sur les opérations de titres et de 0,01 % sur les ventes de produits permettraient ainsi de toucher 85 % des transactions financières et d’apporter un produit annuel, d’après les estimations de la Commission européenne, de 55 milliards d’euros par an environ.

Cette taxe, hélas, présente également des défauts. Et ils sont si lourds qu’ils conduisirent James Tobin lui-même à renoncer à sa propre idée. D’abord, du fait de l’extrême mobilité du capital, l’introduction de cette taxe devrait, pour fonctionner, s’accompagner d’un retour au contrôle des changes. Impensable, sauf à se résoudre à voir l’industrie financière européenne être délocalisée ! Ensuite, la réduction de sa base aux seules transactions financières caractérisées inciterait les acteurs de marché à recourir à des contrats sous seing privé dont l’opacité quasi complète laisserait les régulateurs totalement impuissants. Enfin, cette taxe briderait l’offre et la demande de titres financiers : sous prétexte de contrer la spéculation, elle étoufferait une liquidité pourtant vitale au bon fonctionnement des marchés, comme l’ont prouvé la crise de crédit de 2008 et, plus récemment, la crise obligataire grecque.

Taxer les transactions n’est donc pas envisageable. Il n’en demeure pas moins souhaitable de réduire la volatilité des cours boursiers et d’encourager les investissements à long terme. Mais rien de tel, pour cela, que le levier prudentiel. Par exemple en imposant aux investisseurs une immobilisation de capital proportionnelle au profil de risque associé à chacune des transactions.

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