L’huissier est dans l’escalier

Frédéric Gilbert

Le sommet européen d’aujourd’hui, et les réunions/sommets d’urgence auxquels nous assistons depuis 2 mois maintenant sont la conséquence de problèmes accumulés depuis 20 ans, que nous essayons de régler dans l’urgence. Dès lors, il est peu probable qu’une solution pérenne soit trouvée aujourd’hui ou dans les jours qui viennent. En revanche, il est important d’avancer avant les élections présidentielles françaises. En outre, les conclusions attendues ce soir seront présentées comme un succès, car l’alternative n’est pas permise. On se rendra peut-être compte en revanche dans les semaines/mois qui suivent que cela n’est pas suffisant, comme à chaque fois.

Enfin, la création d’une digue afin d’enrayer la contagion via le FESF ne résout en rien le problème structurel à l’origine des maux actuels: la solvabilité (endettement)  et la compétitivité de la Zone. Cela n’a donc aucun sens si on ne cherche pas à traiter ces points, sachant qu’on achète du temps, et qu’il est de plus en plus cher. Traiter un problème de liquidité sans s’attaquer à un moment au problème de solvabilité a peu de sens.

Il y a 18 mois, on a prêté 100 Md€, puis 440 Md€ il y a 3 mois. On envisage désormais 2000 Md€ pour rassurer. Il est donc urgent de retrousser les manches pour éviter d’avoir besoin du double dans 6 mois. Comme pour une fuite d’eau, il est beaucoup plus simple de faire face au problème au plus tôt. Il s’agit donc désormais d’être crédible, au delà du chiffre, pour dissuader les craintes. Etant donné la fragilité des AAA en Europe, l’endettement de la Zone, l’absence de fédéralisme, et l’implication difficile de la BCE (seule institution ayant les ressources illimitées), la solution passe forcément par un appui extérieur, d’où l’importance du G20 début novembre (participation du FMI, des pays émergents etc…) avant l’implication de la BCE (ce que les allemands considèrent comme la solution ultime, et veulent éviter pour le moment). Une mutualisation des moyens financiers et l’aide de pays comme la Chine ou des pays du Golfe se fera sous la contrainte. Ces pays vont nous imposer des trajectoires budgétaires de rupture, et heureusement pour nous. C’est toute la différence entre les pays qui génèrent du capital et ceux qui en consomment. Ils joueront le jeu si les pays de la zone euro prennent des engagements de réduction de dépenses publiques et sociales. Autrement dit, l’huissier est dans l’escalier. En devenant allemande, l’Europe peut regagner cette crédibilité. L’indépendance de la BCE en est une autre. La contrainte est donc in fine salutaire.

Sur la question de la crédibilité aux yeux de nos créditeurs:

– des signaux forts sont attendus. Une politique différente est désormais nécessaire.

– quel projet économique en France et en Europe pour les 15 prochaines années ? Comment faire pour offrir aux jeunes actifs d’aujourd’hui et de demain des perspectives équivalentes à celles de la génération précédente ? La stratégie à mettre en œuvre exige un virage significatif au plus vite. La campagne électorale pour la présidentielle française, sous la tutelle des marchés, permettra d’y voir plus clair. Pour le moment, aux vues d’un budget 2012 fantaisiste, la direction n’est pas fixée. Que souhaite-t-on privilégier: offre ou demande ? Souhaitons-nous se remettre en cause ? En est-on capable ? Il est probable que,  quoiqu’il arrive, soit le prochain président met en œuvre les mesures nécessaires, soit nos créanciers nous y forceront. Améliorer notre compétitivité en basculant une partie du financement de la protection sociale vers une TVA sociale (impôt plus indolore, assiette plus large mais moins juste), et revenir au niveau allemand (qui n’est pas un enfer social) est probablement une mesure inévitable. Abaisser les cotisations sociales sur les salaires  (avec l’effet immédiat d’augmenter les salaires nets), ainsi que les cotisations employeurs (baisse du cout du travail) et relever les impôt est un autre moyen. C’est du coup effectuer un transfert des retraités (hausse de la CSG et de la TVA sur cette catégorie) vers les actifs, et arbitrer entre ces deux catégories. Reduire les doublons dans la structure de la fonction publique… Les mesures sont connues de tous les hommes au pouvoir ou souhaitant y accéder.

Il y a par conséquent 3 choses à faire:

– converger avec l’Allemagne. Notre économie doit être compatible avec le fonctionnement germanique si l’on a l’ambition de bénéficier du même niveau de rapport de force par rapport à nos créanciers

– relancer l’investissement au détriment de la consommation

– relancer l’éducation et la recherche, en s’orientant massivement vers une culture du résultat.

Montrer une vision et la volonté de la mettre en œuvre est devenu indispensable. La sur-réaction de la population et les grèves/manifestations d’envergure à attendre ne doivent rien y changer. En face, un non cumul des mandats afin que nos politiques reprennent pied avec le monde réel, et ne vivent plus des pensions touchées grâce à ces mandats, serait aussi souhaitable. Il me semble que c’est une question fondamentale. Quand on sait que 70% des hommes politiques n’ont jamais vu un compte de résultat ou un bilan…

Un commentaire pour L’huissier est dans l’escalier

  1. Matthieu dit :

    Frédéric, merci pour cet éclairage sur les évènements en cours.

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