Des outils, pas encore de projet

Les Echos

Recapitalisation des banques, effacement d’une partie de la dette grecque, renforcement des capacités d’intervention du Fonds européen de stabilité financière… Un à un, les trois outils censés stopper l’effilochage de la zone euro se mettent en place petit à petit, et c’est heureux. Mais ne nous trompons pas. Si Angela Merkel a eu raison, devant le Bundestag, de dire que la « génération actuelle » de dirigeants européens « ne doit pas échouer devant l’Histoire », un accord sur les outils de gestion de la crise ne répond pas à la question de fond qui mine l’Union européenne : voulons-nous encore vivre ensemble ?

La règle paralysante de l’unanimité montre depuis longtemps que la réponse ne va pas de soi. Ces dernières années, l’affaiblissement de l’exécutif européen, avec le choix délibéré de placer à sa tête une personnalité peu susceptible de bousculer les capitales, l’impuissance de la Commission à incarner « l’intérêt européen » et la reprise en main des grands dossiers de l’Union par les Etats vont dans le même sens : celui d’une lente régression de l’esprit européen et d’une nationalisation des enjeux, alors même que l’émergence de grandes puissances économiques rivales eût été de nature à renforcer la pertinence de la construction d’une Europe puissante. C’est sur cette toile de fond qu’est survenue la crise de la zone euro il y a à peine deux ans. Ainsi, alors que l’élan européen s’essoufflait depuis le tournant des années 2000, alors que le sens du projet semblait se perdre et suscitait même la défiance grandissante des peuples (« non » français et néerlandais au projet de Traité constitutionnel en 2005), la peur d’un effondrement de la zone euro produisit un sursaut salutaire. Au coeur même de l’édifice, des tabous tombèrent. Positivement, avec la décision de la Banque centrale européenne de racheter des dettes publiques. De façon inquiétante, avec la faillite d’un Etat souverain, révélatrice de fragilités extrêmes nichées au coeur même d’une construction bancale. De la menace imminente du chaos émergèrent des avancées inédites quoiqu’inabouties : rôle renouvelé de la BCE, début de fédéralisme budgétaire avec la création d’un fonds de secours européen.

Mais ces avancées obtenues à contre-coeur et trop souvent à l’abri du regard des opinions publiques ne façonnent pas un projet. Le risque est grand, une fois l’urgence traitée, que l’idée européenne régresse de nouveau. La tentation du repli est partout présente et réclame, pour la combattre, un courage politique et une vision rarement présents au sein de la génération actuelle de dirigeants européens.

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