Air de France

Les Echos

L’échec de la grève des hôtesses et stewards d’Air France, impuissants à paralyser le ciel ce week-end comme ils l’avaient fait à la Toussaint 2007, est une consolation au goût amer. Pour les milliers de passagers d’abord, qui, en dépit du professionnalisme dont a fait preuve, en l’espèce, la compagnie pour faire décoller à temps le maximum d’avions, ont vu soit leur vol annulé, soit leur départ retardé sur un vol suivant. Pour Air France ensuite, qui n’a pas fini d’en payer la facture. Il y a quatre ans, la perte s’était chiffrée en dizaines de millions d’euros, cette fois ce sera en millions d’euros ; mais ceux-ci comptent double à l’heure où la compagnie française se bat pour rester à l’équilibre, plus alourdie par ses charges que ne le sont les grands oiseaux étrangers avec lesquels elle se dispute l’essentiel du ciel européen, British Airways et Lufthansa.

Le message adressé à la clientèle par quelques syndicats d’Air France, FO et Unsa en tête, est désastreux. Surtout que l’on reste confondu par le caractère dérisoire du mobile : un projet, depuis longtemps en négociation, visant à ramener de 4 à 3 le nombre de personnels navigants commerciaux sur 40 % des destinations assurées par les seuls A319, appareils qui ne constituent pas plus de 10 % de la flotte… Au passage, s’ils avaient voulu prouver l’inanité de leur revendication, ces syndicats ne s’y seraient pas mieux pris qu’en montrant la capacité à faire voler 80 % d’avions avec plus de la moitié de PNC prétendument en grève.

S’il ne faut pas non plus se consoler de l’insuccès de ce mouvement, c’est aussi qu’il reste révélateur de l’état d’esprit de cette portion de France qui meurt de ne pas considérer la réalité en face. Les grévistes d’Air France crient à l’insoutenable rigueur, mais c’est ne pas voir que, en réduisant de 10 % seulement ses effectifs depuis 2009 -et sans licenciement -, la compagnie a, en réalité, amorti le choc social qu’aurait dû imposer la chute d’activité, amputée d’un bon tiers au plus fort de la crise. C’est ignorer que, si le siège d’Air France-KLM était localisé à Scheepol, aux Pays-Bas, elle économiserait chaque année, à effectif constant, 800 millions d’euros de charges sociales. Il y a dans cette grève à Air France un air de cette France du passé qui veut encore croire que notre pile d’acquis sociaux, la retraite à 60 ans, les 35 heures, une fonction publique hypertrophiée étaient une chance et non un coût dans une compétition internationale où les moins réformés, les plus endettés ont de moins en moins de sursis. Il est heureux, de ce point de vue, que cette grève ait reçu si peu de soutien politique. Il est regrettable qu’elle n’ait pas été plus condamnée.

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