Quand un cow-boy du Midwest rencontre un syndicaliste de Goodyear

Les Echos

L’industriel texan justifie cette décision par le blocage en justice d’un plan social dans le pneu tourisme. La CGT a multiplié les recours, car elle craignait une délocalisation après le rachat par Titan.

La vie des affaires offre des rencontres aussi fortuites qu’improbables. La rocambolesque restructuration du site Goodyear d’Amiens Nord a donné lieu vendredi à un échange de politesses qui en dit long sur le regard que portent les Anglo-Saxons sur les moeurs françaises. D’un côté, Maurice Taylor, homme d’affaires américain, surnommé « le grizzli » par les analystes pour son ton brusque et sa façon de tailler à la machette. Archétype du self-made-man, ancien candidat républicain à l’élection présidentielle, il a bâti en vingt ans un groupe international dans les pneus et les roues, Titan, en rachetant des usines en difficulté.

De l’autre, Mickael Wamen, syndicaliste CGT pur jus, qui par son jusqu’au-boutisme chez Goodyear s’est mis en rupture avec sa propre fédération. Il est épaulé par un avocat en droit social, Fiodor Rilov, candidat à la succession de Maxime Gremetz comme député communiste de la Somme.

En France, Maurice Taylor souhaitait mettre la main sur l’unité de pneus agricoles de Goodyear à Amiens, qui représente 537 emplois. Mais, après plus d’un an d’atermoiements, il y a renoncé ces derniers jours. La faute aux syndicalistes, affirme l’industriel de l’Illinois. Pour reprendre le site, il avait en effet posé comme condition la mise en place d’un plan social dans le pneu de tourisme. Or « les syndicats ont réussi pendant des années à bloquer le projet en justice », explique « le grizzli ». Alors que la CFE-CGC, la CFTC et SUD étaient prêts à ouvrir des négociations, la CGT s’est engagée dans une bataille au nom de la préservation des emplois. Son avocat a lancé une quinzaine de procédures, sur les modalités de nomination de l’expert du CE, la reconnaissance du holding luxembourgeois comme coemployeur des salariés d’Amiens, etc.

Retrait de Titan, dégoûté

Conséquence : à l’expiration de l’option d’achat, la direction n’avait toujours pas signé d’accord avec le personnel. D’où le retrait de Titan, visiblement dégoûté. « Cela montre à quelle pagaille une entreprise peut être confrontée lorsqu’elle cherche à préserver des emplois en France, lâche Maurice Taylor. Seule une personne étrangère au monde des affaires comprendrait les règles des syndicats français. Les salariés français sont très compétents lorsqu’ils travaillent, mais, comme j’ai dit aux syndicats, on ne peut pas être payé sept heures pour faire trois heures de travail. » Mickael Wamen voit le retrait de Titan comme « une très bonne nouvelle » : « Quand Maurice Taylor dit dans la presse qu’il aurait été préférable de racheter les équipements pour produire hors de France, on voit bien que cette vente consistait pour Goodyear à sous-traiter une délocalisation. » L’élu ne semble pas inquiet que Goodyear ferme totalement le complexe, qui compte 1.300 postes. « Le tribunal a déjà prononcé trois jugements qui interdisent à Goodyear de fermer. »

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