Le capitalisme n’est pas mort

Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du FMI, est professeur d’économie et de science politique à l’université de Harvard

La crise actuelle marque-t-elle le début de la fin du capitalisme dans sa version moderne ? C’est une étrange question, car elle suppose qu’il existe une solution de remplacement viable. La vérité est que, pour le moment du moins, les seules alternatives sérieuses au modèle anglo-américain d’aujourd’hui sont d’autres formes de capitalisme. Le capitalisme continental européen (avec sa généreuse protection sociale) semble tout avoir en sa faveur – sauf sa durabilité. Le capitalisme darwinien de la Chine, avec sa féroce concurrence, une protection sociale faible et une intervention très étendue du gouvernement, est souvent considéré comme l’héritier inévitable du capitalisme occidental. Pourtant, le système économique de la Chine est en constante évolution.

L’idée essentielle est peut-être que, dans une perspective historique, toutes les formes de capitalisme sont finalement transitoires. Le capitalisme moderne a connu un extraordinaire développement depuis le début de la révolution industrielle il y a deux siècles, en faisant sortir de la misère des milliards de gens ordinaires. Le marxisme et le socialisme autoritaire ont en comparaison un bilan désastreux. Mais alors que l’industrialisation et les progrès technologiques s’étendent vers l’Asie (et maintenant vers l’Afrique), un jour la lutte pour la subsistance ne sera plus un impératif primordial et les nombreux défauts du capitalisme contemporain pourront peser plus lourd.

Tout d’abord, même les principales économies capitalistes ont échoué à attribuer un prix à des biens publics, tels que l’air et l’eau. De plus, tout en produisant d’énormes richesses, le capitalisme a créé d’extraordinaires inégalités.

Un troisième problème touche la santé et l’accès aux soins avec un risque d’une augmentation des dépenses au fur et à mesure de l’enrichissement et du vieillissement de la population. Il est paradoxal que les sociétés capitalistes modernes s’engagent dans des campagnes publiques pour inciter les personnes à être attentives à leur santé, tout en favorisant un écosystème économique qui pousse de nombreux consommateurs à adopter un régime alimentaire malsain. Selon les centres de contrôle et de prévention des maladies des Etats-Unis, 34 % des Américains sont obèses. De toute évidence, la croissance économique, impliquant une consommation toujours plus forte, ne peut pas être une fin en soi.

Quatrièmement, les systèmes capitalistes d’aujourd’hui sous-évaluent grandement le bien-être des générations futures. Pendant une grande partie de la révolution industrielle, cela n’avait pas d’importance, puisque les bienfaits du progrès technologique masquaient des politiques à courte vue. Ce qui a permis à chaque génération d’être en meilleure position que la précédente. Mais avec une population mondiale dépassant 7 milliards de personnes et une pression de plus en plus forte sur les ressources naturelles, il n’y a aucune garantie que cette évolution se maintienne. A cela s’ajoute, bien sûr, les crises financières… En principe, aucun des problèmes du capitalisme n’est insurmontable et les économistes ont offert une variété de solutions fondées sur l’économie de marché. Un prix global élevé pour les émissions de gaz carbonique inciterait les entreprises et les particuliers à internaliser les coûts de leurs activités polluantes. On peut concevoir des systèmes fiscaux qui offriraient une meilleure redistribution des revenus, imaginer une tarification plus efficace des soins de santé. Les systèmes financiers pourraient être mieux réglementés. Mais au final, et même s’il risque d’être de plus en plus contesté à l’avenir, le capitalisme lui-même ne devrait pas disparaître de sitôt.

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