MOHAMED EL-ERIAN (CEO du fonds PIMCO): « Un accord insuffisant pour juguler la crise »

Les Echos

Pour la presse américaine, l’accord du 9 décembre est une «  victoire de Berlin » et un signal d’isolement du Royaume-Uni. Pour le CEO du premier gérant obligataire mondial, Pacific Investment Management Company (Pimco), Mohamed El-Erian, c’est une étape importante mais « insuffisante » pour prendre de vitesse la crise de la dette européenne.

Les gouvernements européens ont-ils vraiment franchi une étape majeure en s’engageant à injecter 200 milliards d’euros de plus dans la défense de l’euro ?

C’est certainement une étape importante, mais ce n’est ni une solution miracle ni un remède global. Le financement supplémentaire va se révéler insuffisant, sauf si on accomplit beaucoup plus sur plusieurs fronts, et rapidement. Certaines des initiatives encore indispensables sont financières, la plupart sont économiques et institutionnelles.

Pensez-vous que l’exclusion du Royaume-Uni de l’accord représente un risque significatif pour l’avenir de l’Union européenne et la crédibilité de l’accord ?

Le pas de côté du Royaume-Uni est un signe flagrant du niveau de stress sous-jacent existant en Europe et qui va continuer à empirer. Ces tensions existeront non seulement entre les 17 pays de l’Eurozone et les 10 autres membres en dehors de l’euro, mais vont aussi émerger au sein de chacun de ces deux groupes. Pour l’avenir, je crains que des tensions supplémentaires fassent surface un peu partout à partir du moment où les dirigeants vont retourner dans leurs pays et, surtout, où les accords généraux vont devoir être concrètement mis en musique.

Croyez-vous que cet accord va nécessairement pousser la BCE à adopter une approche plus agressive en termes de monétisation de la dette en renforçant ses achats de titres d’Etat ?

Il est difficile de prédire ce que la BCE va faire. Plus généralement, je pense qu’elle reconnaît que, bien qu’elle ait déjà fait un effort très significatif, au risque de mettre son propre bilan en difficulté, les résultats de sa politique ne se sont pas révélés à la hauteur de ses propres attentes, ce qui n’est pas surprenant étant donné que ses efforts n’ont pas été soutenus par les actions nécessaires de certains gouvernements nationaux et des institutions européennes. Du coup, de peur que ses coûteux efforts se révèlent à nouveau inutiles, il est compréhensible et même logique que la BCE insiste pour que les autres acteurs fassent d’abord leur part.

Le principe de la participation du FMI devrait-il rassurer les marchés financiers et Washington ?

La notion même d’une large participation du FMI à la solution de la crise européenne est source de perplexité. Le renfort de crédibilité que pourrait apporter le FMI est neutralisé par l’impression que l’institution est encore lourdement sujette aux influences politiques européennes. Cette constatation est renforcée par les déconvenues patentes et répétées que suscitent la conception et la mise en oeuvre du programme du FMI pour la Grèce.

Pensez-vous que l’instauration de la « règle d’or » sur les déficits structurels soit la meilleure manière de restaurer la confiance dans la zone euro ?

C’est une étape importante et même nécessaire, mais non suffisante. Car elle doit être accompagnée par des réformes crédibles pour stimuler la croissance et la compétitivité, pour renforcer les réserves de capital et la qualité des actifs des banques et pour tracer une ligne de démarcation claire et crédible entre les problèmes de solvabilité de l’Europe et ses problèmes de liquidité.

Au final, diriez-vous que cet accord est un « très bon résultat pour l’avenir de l’Europe », comme l’affirme Angela Merkel, ou plutôt une première étape pour éviter un démantèlement de l’euro ?

J’opte pour la seconde interprétation. Cet accord peut constituer le socle d’une solide fondation à condition qu’il soit suivi rapidement par une série d’autres étapes. En d’autres termes, après avoir nié puis sous-estimé pendant trop longtemps la sévérité de la crise, les leaders européens ont fait un important pas en avant. Mais ce n’est pas suffisant pour rattraper le temps perdu et faire face à cette crise, encore moins pour la surmonter.

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