Aérien : oui au service minimum

Les Echos

Le plus terrible est cette impression d’avoir déjà vu mille fois ces images pitoyables de files de passagers excédés ou résignés dans les aéroports, bloqués par une grève de telle ou telle catégorie de personnels. Aujourd’hui, ce sont les agents de la sûreté ; à la Toussaint, c’étaient les hôtesses et stewards ; l’été dernier, les pilotes avaient fait planer la menace d’un conflit ; sans compter les retards de vols et les mouvements à la régularité de métronome des contrôleurs du ciel. C’est presque, dans ce secteur, le fonctionnement normal du service qui finirait par devenir l’exception pendant les vacances ! Ce résumé est-il exagéré ? Peut-être. Mais il reflète sans nul doute l’état d’esprit des passagers. A dire vrai, il n’y a aucune raison d’accepter éternellement cette situation au motif un peu court qu’elle fait partie depuis toujours du paysage.

Il est évidemment regrettable que ce soit la catégorie de salariés la plus fragile et la moins avantagée qui soit montrée du doigt et subisse l’opprobre de l’opinion, bref qu’elle « paie » pour les autres. Les agents aéroportuaires, employés notamment par les sociétés de surveillance, sont d’une certaine manière le « prolétariat » des professionnels de l’aviation, avec des salaires plus bas que les autres et des conditions de travail assurément compliquées. Cela ne peut toutefois pas être un argument pour rester immobile.

Comment faire ? La solution qui vient le plus vite à l’esprit est l’extension au transport aérien de ce qui a été fait avec succès dans le ferroviaire en 2007 par Nicolas Sarkozy et Raymond Soubie. A la SNCF et la RATP, un mécanisme d’alarme sociale a été mis en place, avec une obligation de négocier. Mais le plus important est la contrainte faite aux grévistes de se déclarer quarante-huit heures à l’avance, ce qui permet aux entreprises de s’organiser en conséquence. Pour dire les choses clairement, ce n’est pas un service minimum de droit, les deux patrons des entreprises concernées devant faire rouler X % de trains et de rames, mais un service minimum de fait. Chacun constate que le mécanisme a plutôt bien fonctionné, notamment pendant les grèves contre les retraites.

Cette solution mérite d’être examinée. Elle pose une question de taille : le transport aérien ne constituant pas un service public, le Conseil constitutionnel pourrait bien estimer qu’elle est contraire au droit de grève. Mais nul ne devrait douter que la liberté d’aller et venir en avion ou de ne pas être coincé dans un aéroport relève d’un autre droit collectif : l’ordre public. Le gouvernement a quatre mois pour montrer s’il est attaché à ce droit.

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