Banques : le mythe du cloisonnement

Les Echos

Rendre le système financier plus sûr. Qui ne pourrait souscrire à pareille ambition ? Pas grand monde, évidemment, trois ans après le cataclysme provoqué par la faillite de Lehman Brothers. D’autant que, de l’avis général, dans ce domaine, on est loin du compte. Du coup, le projet annoncé hier par le gouvernement britannique, qui vise schématiquement à construire d’ici à 2015 une muraille étanche entre la banque de monsieur Tout-le-Monde et les activités de marché, apparaît comme une initiative plus que bienvenue. La réponse enfin trouvée à la délicate question du « too big to fail ». Avec ce projet, plus question pour les contribuables d’être contraints de sauver un groupe bancaire pour préserver leur épargne victime des agissements de traders surpayés.

Sur le papier, l’idée est séduisante. Le problème, c’est qu’elle ne tient pas ses promesses.

Les déconfitures de Northern Rock, des banques irlandaises ou des « cajas » espagnoles ont montré qu’une banque de détail aussi pouvait nécessiter le soutien public. De même, celle de Lehman a prouvé que les banques d’investissement ne pouvaient être livrées à elles-mêmes. Dans ces conditions, on peut se demander quel intérêt il peut y avoir à mettre en place une usine à gaz pour construire une digue qui risque de céder à la première tempête. D’autant que ce nouveau bouleversement réglementaire va se traduire par un relèvement des exigences en capital, qui vient s’ajouter à celui imposé par les nouvelles règles prudentielles (Bâle III). De quoi renforcer le risque de pénurie de crédit, dont les entreprises commencent à se plaindre.

Il y avait sans doute mieux à faire que de survendre une solution aussi coûteuse. Renforcer encore plus massivement la supervision était une option intéressante dans le pays qui a inventé la « light touch ». Après tout, cette formule a montré sa pertinence de ce côté-ci de la Manche. Soumettre les banques de marché à un impôt spécifique censé rémunérer la garantie implicite des Etats aurait aussi eu du sens. Mais on peut comprendre que, quand on a été obligé d’engager 850 milliards de livres d’argent public en trois ans pour sauver les banques de son pays, on se sente obligé d’opter pour une révolution copernicienne afin de rassurer les contribuables.

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