L’Iran menace de cadenasser le détroit d’Ormuz

Le Figaro – INFOGRAPHIE – La République islamique n’exclut pas d’interdire le transit des navires pétroliers pour contrer les sanctions occidentales.

Le détroit d’Ormuz est l’un des corridors les plus stratégiques de la planète, celui par lequel transitent près de 40% du trafic maritime pétrolier mondial. En menaçant, mardi, de le verrouiller, la République islamique savait qu’elle frappait fort. Sur les marchés, les cours du pétrole n’ont pas tardé à grimper, tandis qu’un vent d’inquiétude se mettait à souffler sur les capitales occidentales.

«Le détroit d’Ormuz est un détroit international. En conséquence, tous les na­vires, quel que soit leur pavillon, bénéficient du droit de passage en transit, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, adoptée en 1982, et au droit international coutumier de la mer», s’est empressé d’affirmer, mercredi, le ministère français des Affaires étrangères, en guise de mise en garde. La veille, le vice-président iranien, Mohammad Reza Rahimi, avait prévenu ses adversaires qu’«aucune goutte de pétrole ne transitera(it) par le détroit d’Ormuz» en cas d’un renforcement des sanctions occidentales contre Téhéran.

Les inquiétudes de la communauté internationale sont d’autant plus fondées que la menace iranienne coïncide avec une série de manœuvres militaires na­vales lancées samedi dernier autour du détroit d’Ormuz. Ces dix jours d’exercices au large des côtes iraniennes comprennent, entre autres, des opérations pour lancer des mines antinavires et anti-sous-marins. Autant de pratiques jugées sensibles quand on connaît la présence navale américaine dans cette zone névralgique, avec notamment la Ve flotte, basée à Bahreïn. Les spécialistes de l’Iran gardent également en mémoire la fameuse «bataille des tankers» pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988). Sans compter cet accrochage évité de justesse, début 2008, en plein détroit d’Ormuz, entre cinq vedettes des gardiens de la révolution iranienne et trois navires de guerre américains, après qu’un farceur se fut invité dans les conversations radio en menaçant de «faire exploser» l’USS Port Royal…

Bras de fer

Mais l’Iran peut-il vraiment mettre ses menaces à exécution? «Il faut replacer les déclarations iraniennes dans le contexte actuel», tempère un professeur iranien de relations internationales, qui préfère ne pas donner son nom, en rappelant que ce n’est pas la première fois que Téhéran profère de telles menaces. Selon lui, les déclarations iraniennes s’inscrivent plutôt dans le bras de fer qui oppose la République islamique aux Occidentaux au sujet du dossier nucléaire iranien. Elles ne seraient donc qu’une réaction verbale au projet d’embargo sur le brut iranien que défendent depuis plusieurs semaines la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les États-Unis. C’est d’ailleurs dans ce sens que s’est exprimé, mardi, Mohammad Reza Rahimi, en menaçant de fermer le détroit «si on devait adopter des sanctions contre (les exportations) de pétrole iranien». Avant d’ajouter: «Nous n’avons aucune envie d’hostilité ou de violence [mais] les ennemis renonceront à leurs complots seulement le jour où nous les remettrons à leur place.»

Pour l’amiral Habibollah Sayyari, commandant de la marine, qui s’exprimait mercredi sur la chaîne de télévision iranienne Press TV, la fermeture du détroit est «plus facile que de boire un verre d’eau». «Mais, pour le moment, nous n’avons pas besoin de le fermer puisque nous contrôlons la mer d’Oman et son trafic», a-t-il précisé. Les cours du pétrole ont d’ailleurs retrouvé mercredi leur niveau antérieur. Si la peur d’une obstruction de cet axe stratégique – qui pourrait mettre l’économie mondiale à genoux – est bien réelle, les États-Unis s’efforcent de relativiser le risque. «C’est une nouvelle tentative de détourner l’attention du vrai problème, qui est le non-respect continuel de la part de l’Iran de ses obligations internationales en matière de nucléaire», a ainsi commenté, depuis Washington, le porte-parole du département d’État Mark Toner.

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