Iran : une très menaçante faiblesse

Les Echos

L’année 2012 serat-elle celle de l’Iran ? Une puissance affaiblie est souvent plus dangereuse qu’une puissance qui se renforce. Les fondamentaux de la « question iranienne » demeurent certes les mêmes. Comment éviter qu’un pays qui semble dominé par une idéologie absolue ne se dote de l’arme absolue ? Comment y parvenir sans le recours à l’action armée ? Comment trouver le juste équilibre entre la carotte et le bâton face à un régime qui utilise le nationalisme nucléaire de ses concitoyens pour surmonter ses divisions internes et compenser ses échecs et son impopularité grandissante ? Comment contenir les volontés interventionnistes d’Israël, comment faire sortir la Chine et la Russie de leur attentisme complaisant ? On pourrait ainsi multiplier les questions laissées sans réponses.

L’essentiel demeure l’impossibilité de choisir entre deux scénarii également catastrophiques, celui d’un Iran nucléaire et celui d’une guerre avec l’Iran. Pour un ensemble de raisons scientifiques, stratégiques et politiques, ce dilemme semble prendre une urgence nouvelle. L’Iran est certes affaibli mais il est plus près de la bombe et la région plus proche de la guerre qu’ils ne l’ont sans doute jamais été. En dépit de nombreux « accrocs techniques » incluant virus informatiques et explosions suspectes, le programme nucléaire iranien semble s’accélérer. Une stratégie indirecte – des actes d’une guerre non déclarée pour certains -ne peut à elle seule réduire à néant les efforts iraniens. Elle peut certes faire gagner un peu de temps, mais elle peut aussi encourager des déclarations irresponsables et des comportements aventuriers sinon suicidaires du côté iranien.

Des deux côtés, on semble pratiquer une partie de poker menteur, d’autant plus dangereuse que chacun semble sous-estimer la détermination et les cartes de l’autre. Il y a des bluffs qui échappent au contrôle de leurs auteurs et cela plus encore quand deux civilisations profondément différentes interagissent sans se comprendre, ou plus grave encore, en pensant qu’elles peuvent préjuger des intentions et du comportement de l’autre. Il est toujours dangereux de surestimer la rationalité de son adversaire ou de lui prêter sa propre rationalité. L’un des pères de la stratégie des jeux, le prix Nobel américain Thomas Schelling, ne nous rappelait-il pas que dans la dissuasion du faible au fort, le premier pouvait toujours menacer le second de son suicide ! Les fondamentaux de la question iranienne sont bien toujours les mêmes mais le contexte régional, international, et le contexte politique iranien lui-même ont profondément changé.

La révolution arabe profite certes, initialement au moins, aux partis islamistes, mais elle a aussi pour conséquence d’affaiblir considérablement les alliés de l’Iran et en tout premier lieu la Syrie. Certes, Téhéran retrouve en partie à Bagdad, dans l’Irak post-Saddam Hussein, l’influence qu’elle est en train de perdre à Damas. Mais stratégiquement, elle ne gagne pas au change. A travers la Syrie, l’Iran était devenu un acteur incontournable, du Liban à Gaza et donc du conflit Israël-Palestine. Téhéran est désormais sur la défensive sur le plan régional. Ses rivaux arabes sont soit affaiblis comme l’Egypte, ou aux aguets comme l’Arabie saoudite, mais l’Iran n’en profite pas. Sur le plan international, l’Iran ne comprend pas qu’un Occident très affaibli par la crise financière et économique, et qui demeure divisé en réalité sur sa « stratégie iranienne », puisse lui « faire mal » avec un embargo qui s’est profondément durci et commence à atteindre ses objectifs. Le renchérissement du prix des biens de base, l’affaiblissement de la monnaie iranienne en constituent deux illustrations. La société iranienne commence à sentir le poids des restrictions et ce, au moment même où les élites au pouvoir étalent le spectacle de leurs divisions. Le roi apparaîtra-t-il nu à ses concitoyens, avant de devenir nucléaire ?

Ne pas céder au bluff iranien, ne pas prendre à la légère les risques bien réels de la situation actuelle, la marge de manoeuvre est étroite pour des capitales occidentales qui en cette année de crise économique et, pour beaucoup d’entre elles, d’échéances électorales, auraient volontiers fait l’économie de cette escalade dangereuse. Le dilemme reste intact. Comment décourager l’Iran de se doter de la bombe, sans réunifier le pays autour de ses mollahs ? Comment encourager aussi la venue d’un « Thermidor » alors que les révolutionnaires au sommet de l’Etat se déchirent entre eux ?

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