A ceux qui croient (encore) aux bienfaits de la taxe Tobin

Les Echos

Après l’avoir évoquée devant l’Assemblée générale des Nations unies puis inscrite à l’agenda économique mondial lors du G20 de Cannes, Nicolas Sarkozy vient de relancer l’idée d’instaurer une taxe sur les transactions financières.

La question n’est plus exclusivement théorique : un projet est sur la table. Sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne, la Commission européenne a présenté le 28 septembre dernier une proposition de directive visant à instituer un système commun de taxe sur les transactions financières (TTF). C’est-à-dire, dans un langage non bruxellois : une « taxe Tobin ». Et à en croire ses thuriféraires, longtemps limités aux altermondialistes les plus obtus, on tiendrait l’arme « antitraders » absolue, un véritable vaccin contre les crises.

Aujourd’hui, la taxation proposée consiste à soumettre à une taxe d’un très faible taux une large base de transactions financières – à l’exclusion des marchés de devises -afin de freiner la spéculation. Et de faire payer aux institutions financières le coût de la crise qu’elles ont engendrée. Les taux proposés par la Commission sont de 0,01 % pour les contrats dérivés et de 0,1 % pour le reste. L’intention est louable, ses modalités impraticables. Cette taxe a-t-elle une chance d’enrayer la spéculation ? Non, ou seulement de façon très ponctuelle et limitée. En effet, il est absurde de croire qu’une taxe de quelques points de base dissuadera les spéculateurs. Vue de l’esprit également que d’espérer empêcher les investisseurs de tirer profit de la volatilité des cours quand celui de certaines valeurs bancaires varie chaque jour de 5 %, à la hausse comme à la baisse.

Au mieux, cette taxe limitera drastiquement le trading à haute fréquence, c’est-à-dire les achats-ventes rapides opérés par des automates pour tirer parti des incohérences de marché. Mais, n’oublions pas que c’est la directive Marchés et instruments financiers, dite MIF, adoptée à l’initiative de cette même Commission pour encourager la création de plates-formes de marché alternatives et accroître la concurrence avec les Bourses traditionnelles, qui l’a rendue indispensable pour assurer la liquidité et la cohérence du marché.

Que dire également du montant des recettes anticipées ? 55 milliards d’euros selon José-Manuel Barroso. Avec un tel « Graal », on serait bien bête de se limiter à 0,1 % alors qu’avec 0,2 % on pourrait toucher le double ! Bien sûr, les choses ne sont pas si simples : cette projection néglige la baisse des volumes qui résultera de l’effet d’éviction induit par son instauration en Europe.

Impossible de jouer aux béotiens : cette taxe n’est pas sans précédent. Au milieu des années 1980, la Suède a adopté un prélèvement de ce type. Qui s’est traduit par une chute très importante des transactions, presque totale pour les produits dérivés, au profit de la City. Face à ce brillant résultat, la social-démocratie suédoise a fait machine arrière.

Comment l’Union européenne pourrait-elle se prémunir de la concurrence des autres places financières ? Notamment celles situées aux Etats-Unis et en Asie. Sans parler de Londres qui est contre. Si les marchés actions bénéficient encore d’un biais domestique, les transactions sur les produits dérivés n’ont aucune raison de se localiser en Europe et ne pas échapper en grande partie à la taxe…

La sphère financière est, sans conteste, responsable de la crise de 2008 qui a vu réapparaître le risque systémique. Elle est assurément encore à l’origine de l’accès de fièvre que nous connaissons actuellement sur les dettes souveraines. Mais ce sont bien les Etats, qui, depuis trente ans, souffrent de cette maladie chronique qu’est l’endettement.

Dès lors, si l’objectif consiste à mettre à contribution les institutions financières et à pénaliser leur comportement pour renflouer les caisses des Etats, une taxe sur les bénéfices des banques serait dans ce cas certainement moins néfaste. S’il s’agit au contraire de contribuer à limiter les risques d’une nouvelle crise systémique alors optons, comme cela a été évoqué au G20, pour une nouvelle régulation du secteur bancaire différenciant les institutions en fonction de leur contribution au risque systémique.

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