Athènes menacé par un défaut de paiement

Les Echos

Les banques qui négocient une réduction de la dette grecque ont annoncé une « pause » dans les discussions. Certains créanciers de la Grèce refuseraient les conditions proposées.

La Grèce et ses créanciers privés tomberont-ils d’accord à temps pour alléger le fardeau de la dette tout en évitant le défaut de paiement ? Alors que l’on annonçait un accord imminent et qu’une réunion s’est tenue en fin de semaine à Athènes, les banques impliquées dans la négociation ont déclaré vendredi que la « proposition destinée à réduire de moitié la dette grecque [détenue par les créanciers privés] n’avait pas obtenu une réponse constructive de toutes les parties. »

Les représentants des banques ont dès lors fait savoir que « les discussions étaient ajournées ». Le communiqué évoquait la possibilité de renoncer à un accord volontaire, laissant ainsi entendre que les détenteurs de titres grecs pourraient éventuellement subir une restructuration forcée.

Menace sérieuse ou ultime tentative de faire rentrer dans le rang les créanciers récalcitrants ?

La seconde hypothèse est privilégiée, car les banques ne tireraient pas avantage elles-mêmes d’une restructuration contraignante. Sans qu’on puisse en être sûr, elles seraient peut-être un peu moins pénalisées que les fonds spéculatifs qui, semble-t-il, détiennent désormais une part importante des obligations grecques qui arrivent à maturité cette année. Ces acteurs, qui ont acheté les titres à prix cassé, ont eux intérêt à faire en sorte que les discussions actuelles s’éternisent afin d’obtenir leur remboursement à 100%, et non à 50%. Ils jouent la montre.

La menace qui est brandie par Athènes pour pousser ses créanciers à accepter la proposition actuelle consisterait à inclure de manière rétroactive des clauses annihilant le pouvoir de contestation des minoritaires. Vendredi, certaines rumeurs indiquaient que le Parlement grec se tenait prêt à voter une telle mesure.

Décision lourde de conséquences

Cette décision serait lourde de conséquences. Non seulement, elle créerait un précédent dans la zone euro, mais elle pourrait affecter la Banque centrale européenne (BCE), qui a acheté pour 36 milliards d’euros de dette grecque selon Barclays. L’institution, qui n’est actuellement pas concernée par les discussions sur la réduction de la dette grecque, serait désormais traitée comme les autres détenteurs de titres. Les clauses contraignantes -appelées « clauses d’action collective » -ont vocation à faciliter une restructuration de la dette, en demandant à une majorité qualifiée d’investisseurs d’approuver des conditions moins favorables qui s’appliquent à tous les créanciers. La BCE pourrait donc éventuellement subir des pertes.

Paradoxalement, les fonds spéculatifs ont peut-être intérêt à en arriver là, pour peu qu’ils aient acheté des contrats d’assurance -CDS (« credit default swap ») -sur la dette grecque. Car si la restructuration n’est plus considérée comme « volontaire », mais « forcée », ils peuvent obtenir des dédommagements via leur assurance. Ceux qui ont vendu ces assurances -les banques notamment -y perdraient. Les experts en CDS précisent que ce n’est pas l’inclusion des clauses qui en elle-même déclenche l’assurance, mais la restructuration forcée qui s’en suit.

La partie de poker n’est peut-être pas terminée. Evangelos Venizelos, le ministre des Finances grec, a assuré que les discussions reprendraient mercredi. Mais le temps presse : le 20 mars, Athènes doit honorer une échéance de 14,5 milliards d’euros. Sans accord, le défaut de paiement semble inévitable.

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