Ce que pense et préconise Standard & Poor’s

Les Echos

La principale agence de notation a expliqué samedi les raisons de sa décision de dégrader la note de 9 pays de la zone euro. C’est la gestion politique de la crise européenne qui est en cause.

Moritz Krämer, le responsable de la notation des pays européens chez Standard & Poor’s (S&P), est un homme posé. Samedi après-midi, quand il a pris la parole pour expliquer la décision de son agence de dégrader la note de neuf pays de la zone euro, sa voix était dépassionnée.

L’action de S&P n’a rien de catastrophique pour les pays visés, a-t-il voulu faire passer comme message entre les lignes. « A l’exception près de trois pays, le Portugal, Chypre et la Grèce, les notes des pays européens restent à des niveaux comparativement élevés », a-t-il souligné. L’agence rappelle qu’entre 1975 et 2010, le taux de défaut cumulé des dettes souveraines qualifiées d’« investissement » a été de 1,02 %, et de 0 % pour celles classées dans la catégorie des « A ».

Dans la foulée, Moritz Krämer a salué les réformes entreprises par les nouveaux gouvernements italien et espagnol, avant de décerner un satisfecit appuyé à l’action de la Banque centrale européenne (BCE). « Elle a évité l’effondrement de la confiance des marchés et a grandement réduit la pression sur le système bancaire », résume S&P. L’agence juge que l’institution de Francfort pourra faire encore davantage si la crise de financement des instituts de crédit et des Etats s’aggrave. C’est tout pour l’apaisement.

Car, en effet, Moritz Krämer n’a oublié aucun des points qui ont déterminé la décision de dégradation. Ses attaques les plus rudes ont été réservées à la gestion politique de la crise européenne en général et aux résolutions du sommet des chefs d’Etat du 9 décembre en particulier. Les gouvernements n’ont pas compris la totalité des causes de la crise, ils ont agi essentiellement sur le front de la discipline budgétaire et ils n’ont pas cessé de se disputer, peut-on résumer. « Un processus de réformes basé sur le seul pilier de l’austérité budgétaire risque d’aller à l’encontre du but recherché, à mesure que la demande intérieure diminue en écho aux inquiétudes croissantes des consommateurs en matière de sécurité de l’emploi et de pouvoir d’achat, entraînant l’érosion des recettes fiscales », lit-on dans le communiqué initial.

L’Irlande citée en exemple

Standard & Poor’s veut, en plus de l’austérité, des réformes structurelles aptes à relancer la compétitivité des pays affectés par la crise de la dette. La politique « proactive et substantielle » du gouvernement irlandais peut servir d’exemple, suggère l’agence.

Mais, une fois décidées, les réformes structurelles doivent encore franchir deux obstacles de taille pour se concrétiser. Le premier est celui d’une conjoncture économique défavorable. Moritz Krämer a insisté sur la hausse du risque de récession de la région en 2012. L’agence de notation évalue sa probabilité à 40 %, pouvant conduire à un recul de 1,5 % du produit intérieur brut de la zone euro. Autre obstacle : les Européens risquent de se lasser des réformes structurelles et de contraindre les gouvernements à faire machine arrière. Une hypothèse qui menace davantage des pays surexposés à la crise comme l’Espagne et, surtout, l’Italie. Sans jamais l’expliciter, l’analyste laisse entendre que la situation transalpine est la plus critique pour l’avenir de la zone euro.

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