Débat dégradé ?

Les Echos

La campagne présidentielle est-elle aussi menacée de dégradation ? Plus que les conséquences économiques, ce sont les conséquences politiques de la perte du triple A qui sont l’inconnue des semaines à venir. A 100 jours du premier tour, le coup d’envoi est évidemment rude pour Nicolas Sarkozy qui espérait être au moins récompensé de ses efforts. L’effet boomerang de son volontarisme le menace désormais.

Difficile de dédramatiser la dégradation par Standard and Poor’s, après avoir expliqué que les décisions prises par le gouvernement (retraites, un sur deux…) avaient pour objectif de préserver la France de la perte de son triple A. C’est l’image du « président protecteur » qui en prend un coup. Le risque pour Nicolas Sarkozy est de ne pas être jugé sur sa réactivité dans la crise, sur la pertinence de son plaidoyer pour une réforme du fonctionnement de la zone euro et sur la nécessité des mesures de rigueur, mais sur ce qui sera perçu comme une assurance excessive dans sa capacité à éviter l’inévitable.

Le camouflet pour le chef de l’Etat n’est pas une bonne nouvelle pour autant pour François Hollande. Il sait que son éventuelle élection ne changera pas par magie le regard des agences de notation. François Fillon a visé juste en invitant le candidat socialiste à soumettre son projet aux mêmes censeurs. Tout comme le Premier ministre évoque un « ajustement » de sa politique de rigueur, Hollande parle d’« ajustements » obligés au projet du PS. Mais peut-il voir dans la perte du triple A une condamnation de la politique sarkozyste tout en assurant que sa restauration ne sera pas son objectif premier ? Son défi est de persuader de sa crédibilité budgétaire, ce qui appelle d’autres renoncements (les 60.000 emplois dans l’Education nationale, l’assouplissement de la retraite) sans ouvrir un boulevard électoral sur sa gauche à Jean-Luc Mélenchon.

Car l’inconvénient premier, sur le plan politique, de cette dégradation, est qu’elle intervient au moment où Marine Le Pen d’un côté et Jean-Luc Mélenchon de l’autre enregistrent un frémissement significatif dans les sondages. Les opposants les plus tonitruants à la mondialisation et à la rigueur libérales sont les mieux placés pour exploiter le sentiment d’échec des politiques européennes et pour invoquer, avec un redoutable talent oratoire, la « révolte du peuple » contre les élites et les marchés. A eux deux, ils pèsent déjà plus d’un quart de l’électorat. Et demain ?

François Bayrou enfin, peut espérer tirer son épingle de son jeu. Sa force est son antériorité à avoir posé la question de la dette. Même si la pertinence d’un diagnostic ne suffit pas à trouver des solutions qu’il n’a fait qu’esquisser samedi. Lui aussi est dans une phase ascendante dans les sondages. Et rêve d’une dégradation telle du crédit des deux favoris qu’il apparaisse comme la seule alternative crédible aux réponses populistes. Le temps des turbulences commence.

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