La décision de Standard & Poor’s risque de renforcer les divisions au sein de la zone euro

Les Echos

La zone euro va traverser une nouvelle période de fortes turbulences après la dégradation par Standard & Poor’s des notes de crédit de la moitié des Etats de la zone euro. Outre le décrochage de la France vis-à-vis de l’Allemagne, l’Italie risque de s’enfoncer davantage dans la crise.

La dégradation de la note de la France et de celles de huit de ses voisins européens porte un nouveau coup, sévère, à la zone euro. Standard & Poor’s aurait pu dégrader uniformément l’ensemble de la zone euro. Elle a choisi, vendredi, d’accorder un traitement différencié à chacun, prenant le risque d’accroître un peu plus les tensions politiques et financières au sein de la zone euro. Ses conséquences pour les marchés « sont pires qu’une dégradation pour l’ensemble de la zone euro, en raison des querelles politiques croissantes qu’elle va impliquer, des débats en cours sur le montant des pare-feu et de l’inquiétude des investisseurs », estiment les économistes de Royal Bank of Scotland (RBS). La décision de S&P est pourtant motivée, pour l’essentiel, par l’ « insuffisance » des réponses apportées à la crise par « les dirigeants européens » au cours des dernières semaines, notamment à l’occasion du sommet européen du 9 décembre. « L’environnement politique dans la zone euro n’a pas été à la hauteur des défis croissants engendrés par la crise », a déclaré Moritz Krämer, en charge de l’Europe chez S&P.

Berlin renforcé dans son leadership

L’agence évoque aussi un « diagnostic incomplet » des causes de la crise et assure « qu’un processus de réformes basé sur le seul pilier de l’austérité risque d’aller à l’encontre du but recherché ». Or l’Allemagne, qui porte autant que les autres pays de la zone euro -sinon plus en tant que « chef de file » -la responsabilité de cette stratégie européenne, n’est pas mise en garde par S&P. Elle est même le seul pays de la zone euro à conserver à la fois son triple A et une « perspective stable ». Au sein des institutions européennes comme dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, le revers infligé aux Etats par S&P confirme l’incompréhension persistante vis-à-vis du programme de travail engagé par la zone euro. « L’Allemagne est le grand gagnant de cet exercice et voit sa puissance de négociation renforcée », souligne en tout cas RBS. « Berlin est seul dans le cockpit », commentait, samedi, l’ancien ministre de l’Economie Thierry Breton.

Première conséquence de ce « décrochage » vis-à-vis de Berlin, la France, qui avait déjà du mal à convaincre son partenaire de s’impliquer davantage dans le sauvetage de la zone euro, aura encore moins d’atouts en main pour le convaincre de prendre en charge une part croissante de la solidarité. Si, comme cela se profile, la note du Fonds européen de stabilité financière (FESF) est alignée sur celle de la France et de l’Autriche, il n’y aura qu’une alternative : soit les Européens accepteront une réduction de la capacité de prêt du Fonds (d’environ 170 milliards d’euros, selon RBS), soit les pays triple A devront accroître leurs garanties, ce qui est improbable au regard des déclarations d’Angela Merkel, samedi. Or ce pare-feu est pour l’instant la seule digue existante -avec les interventions sporadiques de la BCE -contre la contagion de la crise à l’Italie qui, selon Moritz Krämer, doit faire face à des besoins de financement de 130 milliards d’euros d’ici à avril et de 300 milliards sur toute l’année. En outre, Berlin pourra se prévaloir de sa notation pour continuer à imposer à ses partenaires une réponse purement « budgétaire » à la crise. Ce week-end, Angela Merkel a demandé que le pacte budgétaire, actuellement en négociation, soit mis en oeuvre « rapidement ». « Et il ne s’agit pas d’essayer de l’adoucir partout où l’on peut, mais de donner des garanties de finances solides pour l’avenir », a-t-elle averti.

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