« Je ne vois pas comment l’Italie et l’Espagne vont pouvoir éviter une assistance financière »

Les Echos

NORBERT GAILLARD CONSULTANT POUR LA BANQUE MONDIALE, SPÉCIALISTE DES AGENCES DE NOTATION

La France quitte donc le club des AAA de la zone euro, qui se réduit à 4 membres. Cela va-t-il poser un problème pour les marchés ?

Je ne crois pas. La perte du AAA français en tant que telle, c’est une nouvelle qui était largement dans les cours. Cela va peut-être provoquer une petite hausse des taux dans l’immédiat. Mais d’autres mauvaises nouvelles vont suivre : la dégradation de collectivités locales et d’établissements publics français, mais encore de compagnies d’assurances, voire de certaines banques.

Moody’s pourrait aussi annoncer d’ici à mercredi une mauvaise nouvelle pour la note de la dette française. Mais, pour tout cela, les marchés savaient à quoi s’attendre. Le véritable problème est ailleurs. Il faut regarder l’ensemble des décisions prises par Standard & Poor’s.

A quoi pensez-vous ?

Dans toutes les décisions prises vendredi soir, il y a une seule action positive : le fait que l’Allemagne voie la perspective attachée à sa note modifiée à « stable ». C’est vraiment une très bonne nouvelle pour le pays. Les Pays-Bas, la Finlande et le Luxembourg gardent leur AAA : c’est rassurant, mais leur note a une perspective négative. Ce qui est très inquiétant, en revanche, beaucoup plus que la perte du AAA de la France, c’est la dégradation de deux crans de l’Italie et de l’Espagne. C’est aussi le fait que le Portugal et Chypre soient relégués dans la catégorie « spéculative ». Pour l’Italie et l’Espagne, la situation va devenir très compliquée. Il faudra voir ce que va faire la Banque centrale européenne dans les jours qui viennent. Mais il est peu probable qu’elle rachète en masse des emprunts d’Etats italiens et espagnols, compte tenu de l’opposition de principe de l’Allemagne. Il risque d’y avoir une hausse sensible des taux pour ces pays. Je ne vois pas comment ils vont pouvoir éviter de faire appel à une assistance financière, auprès du Fonds européen de stabilité financière (FESF) ou du FMI. Le problème, c’est que la note du FESF risque d’être elle aussi dégradée… Autre sujet d’inquiétude : l’interruption des discussions sur l’échange de dette grecque, qui peut être très mal perçue par les investisseurs.

On avait pourtant le sentiment d’une amélioration ces derniers jours, l’Italie et l’Espagne avaient réussi leurs premières émissions de l’année. Le timing de Standard & Poor’s n’est-il pas critiquable ?

On savait que ces décisions seraient annoncées. Si elles l’avaient été avant Noël ou après le nouvel an, on aurait hurlé à la provocation. Il n’y a pas de bon timing pour annoncer les mauvaises nouvelles. Les Etats, les régulateurs et les marchés ont donné beaucoup de pouvoir aux agences de notation. Il faut accepter les sanctions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, et s’intéresser plus au contenu qu’au timing. La principale critique qu’on peut opposer à Standard & Poor’s ne concerne pas la fin du AAA de la France, mais plutôt la dégradation de deux crans de l’Italie et de l’Espagne. Le caractère procyclique de ces dégradations est problématique.

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