« Le déclassement français crée une difficulté de plus pour régler la crise européenne »

Les Echos

JEAN-MARIE EVEILLARD CONSEILLER EN INVESTISSEMENT DE FIRST EAGLE FUNDS

Senior Investment Advisor du fonds de placement américain First Eagle Funds, Jean-Marie Eveillard, soixante et onze ans, est un des gérants les plus respectés de Wall Street. Dans une interview aux « Echos », il porte un regard critique à la fois sur la crédibilité des agences de notation et le manque de réactivité des Européens.

Quel est le principal impact du déclassement de la note AAA française par Standard & Poor’s aux yeux des investisseurs américains?

L’impact de ce déclassement est réduit par le fait qu’il était très attendu. Certes, cela tombe mal pour Nicolas Sarkozy. Cela dit, la crise européenne telle qu’elle est n’avait certainement pas besoin de ça. Cela crée une difficulté supplémentaire à la marge. Tous les pays de la zone euro souffrent d’un déclassement potentiel à l’exception de l’Allemagne. Car l’ex-chancelier Gerhard Schröder a fait les réformes du système social allemand, en son temps. Angela Merkel n’a fait que continuer sur la même ligne. Cela dit, ce qui me frappe, c’est que l’on continue à accorder autant d’importance aux agences de notation alors qu’historiquement, elles se sont très souvent trompées non seulement sur la crise financière récente, mais aussi sur la crise mexicaine ou la chute d’Enron. C’est un paradoxe extraordinaire.

Malgré ces réserves, la perte du AAA français est-elle mérité ?

Oui. Car n’oublions pas que la France a un déficit budgétaire tous les ans depuis 1974. Les Français comme les Allemands ne sont pas complètement innocents dans la crise européenne. Les uns comme les autres ont triché sur leur déficit en 2002, même s’ils l’ont fait dans une moindre mesure que les Grecs.

Pensez-vous qu’il y ait encore la possibilité d’un « découplage » entre la reprise américaine et les difficultés de la zone euro ?

Pour moi, la reprise américaine est modeste. Elle est même en partie illusoire : il y a toujours des difficultés dans les ajustements statistiques de fin d’année et les Américains ont tendance à surévaluer les progrès de l’économie réelle (hors inflation). En réalité, la reprise économique est encore médiocre si on la compare aux redressements antérieurs. Si les néo-keynésiens dominent encore la scène partout, y compris en France, leurs recettes n’ont pas vraiment porté leurs fruits jusqu’ici.

Comment peut-on entrevoir un règlement de la crise européenne à ce stade ?

La Banque centrale européenne (BCE) va faire marcher la planche à billets. Les Allemands ont fini par l’accepter parce que cela permet de gagner du temps. Mais la question clef reste qu’on ne voit pas bien quelle est l’issue. Personne ne veut la disparition de l’euro mais on ne voit pas de vrai gouvernement européen avant trois à cinq ans. La Grèce est insolvable et il faudra bien accepter le fait que les Grecs ne pourront pas rembourser leurs dettes. Le problème, c’est que les « hedge funds » anglo-saxons qui ont acheté de la dette grecque n’accepteront jamais d’être remboursés à 40 %.

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