Aux Etats-Unis, deux visions concurrentes de la crise européenne

Les Echos

La récession et la vulnérabilité financière des Etats européens peuvent mener à l’implosion estiment deux économistes du Peterson Institute.

Faut-il se préparer à l’apocalypse ? L’escalade de la crise de la dette souveraine européenne a rendu plausible l’hypothèse d’un éclatement de l’Europe et de sa monnaie. Sur cette question qui peut changer la face du monde, le très respecté Peterson Institute for International Economics, à Washington, vient de publier 2 rapports aux visions nettement antagonistes. D’un côté, les économistes Simon Johnson et Peter Boone dressent une perspective fondée sur une lecture des marchés qui laisse penser que le pire est possible. De l’autre, Fred Bergsten et Jacob Kirkegaard ont une approche liée à leur compréhension de l’économie politique… beaucoup plus rassurante.

Que nous disent les marchés ? Depuis juillet dernier, les écarts sur les CDS européens – les contrats qui permettent de se couvrir contre le risque de défaut -n’ont cessé d’augmenter et touchent désormais les pays au coeur de la zone euro, comme la France. Or ce marché est énorme, 211.000 milliards de dollars, soit une valeur théorique équivalent à 15 fois le produit national brut de la zone euro. Selon Peter Boone, les problèmes posés par les obligations souveraines d’Etats surendettés qui ont de plus en plus de mal à se financer et la faiblesse économique de la zone ont créé un risque « structurel » qui va conduire à une fuite des capitaux. Cela mène à la récession et reflète également une très grande vulnérabilité financière. Plusieurs actions doivent être prises pour éviter une issue fatale : réduire le niveau de dette, diminuer les dépenses des Etats pour amoindrir leurs besoins en nouveaux financements, améliorer la compétitivité salariale, réformer la fiscalité pour éviter les effets de levier trop importants à l’avenir, bien recapitaliser les banques et avoir le soutient indéfectible de la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Ce n’est pas en mettant sur pied un « bazooka qui devrait être d’au moins 4 mille milliards de dollars » que l’Europe pourra sauver un marché de dérivés d’une taille aussi conséquente.

Beaucoup plus optimiste, le président du Peterson Institute, Fred Bergsten, est persuadé que l’Europe et sa monnaie survivront à cette crise. D’abord parce que l’histoire témoigne de la capacité du Vieux Continent à se ressaisir, tout comme les épisodes successifs de cette crise de la dette où l’on craint le pire à chaque tournant – sans qu’il se produise. Mais, surtout, parce que « l’Allemagne a trop à perdre de la disparition de l’euro » qui lui permet de combiner les avantages d’une balance commerciale excédentaire et d’une monnaie faible. « L’Allemagne et la BCE paieront tout ce qui est nécessaire pour sauver l’euro. Ils ne peuvent pas le dire tout haut, mais le feront de toutes façons », assure Fred Bergsten. Le ministre des Affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle, a d’ailleurs assuré vendredi à la Brookings Institution que « pour être parfaitement clair ; il n’y a pas de bon avenir pour l’Allemagne sans un bon futur pour l’Europe ».

Seule la Grèce, déjà en défaut aux yeux de tous, pourrait sortir de la zone euro. « Les conséquences seraient tellement terribles pour ce pays que cela dissuadera les autres pays d’aller dans cette voie », estime Fred Bergsten. Par ailleurs, le fait que le FMI ait commencé les démarches pour renforcer ses fonds à hauteur de 1. 000 milliards de dollars devrait insuffler un peu plus de confiance aux marchés. « Il n’y aura pas d’écroulement de l’Europe, mais elle est obligée d’aller vers une union fiscale et pas seulement monétaire », insiste Fred Bergsten

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