Pas d’euro sans la Grèce

Les Echos

La Grèce est toujours un petit pays au bout de l’Europe. Elle est toujours dans une crise profonde. Et il n’y a toujours pas de solution en vue. Tout ceci finit par créer une lassitude compréhensible, une insouciance même. On se croirait presque chez le bon père Queuille, ce chef du gouvernement sous la IV République qui aimait dire qu’ « il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout ». C’est une grave erreur. Car l’avenir de l’Europe se joue là, une Europe déjà enflammée dans son histoire par des événements apparemment mineurs se produisant en des lieux jugés marginaux.

Le premier problème de la Grèce est limpide : elle croule sous une dette publique qu’elle ne peut pas assumer. Plus de 350 milliards d’euros, 165 % du PIB, à des taux d’intérêt insoutenables. Le deuxième problème est aussi connu : le moteur de la croissance est cassé. Le pays va connaître en 2012 sa 4 année consécutive de recul de sa production, qui sera inférieure de 15 % à son niveau de 2008. L’économie grecque dégage donc de moins en moins d’argent alors qu’il en faut de plus en plus pour payer la dette. Facile à dire, difficile à résoudre. Il faudra une décennie pour construire un nouveau moteur mais il faut régler tout de suite les prêteurs. Comme les pays de la zone euro n’ont pas pris le relais, il n’y a qu’une solution : restructurer la dette, comme disent les experts pour cacher un amer cocktail financier (annulation d’une partie de la dette, étalement du reste dans le temps, abaissement des taux d’intérêt). C’est ce qui se négocie en ce moment, sous la pression du calendrier. Tout devra être réglé le 20 mars, date à laquelle le gouvernement grec doit verser à ses créanciers 14 milliards d’euros qu’il n’a pas en caisse. Comme il faut des délais pour remplir des montagnes de paperasse, la solution devra être dessinée d’ici à la fin du mois, où se tient un sommet européen.

Le problème, c’est que c’est très compliqué de réduire vraiment la dette. Aujourd’hui, il est question que les créanciers acceptent une perte de 70 % qui réduirait la dette grecque de 100 milliards d’euros, soit 28 % ! Cherchez l’erreur… Elle se cache dans les méandres de la finance. D’abord, les créanciers privés accepteraient une perte de la valeur nominale de leurs obligations de 50 % mais aussi un report dans le temps et une baisse des taux d’intérêt qui ont également un coût. Ensuite, il n’y a pas que les créanciers privés. D’après le dernier pointage de la banque Barclays sur 345 milliards de dette, il y a 47 milliards côté Union européenne, 45 milliards à la Banque centrale européenne, 38 milliards pour les banques centrales et d’autres institutions officielles, 18 milliards pour le FMI, et 30 milliards pour le Fonds grec de sécurité sociale (ce qui prouve au passage que la Grèce avait su constituer quelques réserves – en France, on serait bien en peine de trouver une poche équivalente de près de 200 milliards dans la Sécu). Tous ces créanciers publics refusent de perdre un centime dans l’affaire. Il reste donc plein de questions sans réponse. Certains acteurs publics comme la BCE peuvent-ils se résoudre à perdre une partie de leurs fonds ? Banques, assurances et « hedge funds » seront-ils assez nombreux à vouloir perdre autant d’argent ? Les experts de la Société Générale estiment que si les investisseurs privés acceptent à 90 % le plan, la dette grecque sera ramenée à 135 % du PIB mais remontera mécaniquement à 150 % à la fin de cette année. Une vraie Hydre de Lerne !

Dans ces conditions, mieux vaut-il, peut-être, laisser la Grèce sortir de l’euro, vivre sa vie ? L’idée gagne du terrain face à ce qui ressemble de plus en plus à de l’eau versée sur du sable. Elle est dangereuse, car la sortie de la Grèce hors de la zone euro, même négociée et accompagnée, entraînerait sans doute l’explosion de la monnaie unique. Car les investisseurs joueraient tout de suite à un jeu destructeur : qui sera le prochain ? Certains le feront pour gagner beaucoup d’argent en spéculant. D’autres agiront simplement pour protéger leur entreprise ou leurs épargnants. Les capitaux voleront d’une place à l’autre par centaines de milliards. Face à cette tempête financière, nos gouvernants n’auront que deux choix possibles. Créer un contrôle des capitaux, à rebours de toute l’histoire de l’Union (mais après tout, même le FMI a fini par accepter l’idée de leur utilité dans certains cas). Ou laisser l’euro exploser. Ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas.

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