La BCE a sorti son « bazooka » pour les marchés

Les Echos

En accordant aux banques un prêt de 489 milliards à 3 ans, la Banque centrale européenne a profondément modifié le cours des marchés. Elle a écarté le spectre d’une crise systémique, détendu les marchés de la dette souveraine et encouragé les investisseurs à reprendre des risques.

C’était peut-être cela, le vrai « bazooka ». En accordant le 21 décembre le plus gros prêt de son histoire aux banques de la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a profondément modifié le cours des marchés. Les établissements financiers, qui avaient la possibilité d’emprunter autant qu’ils le voulaient, à un taux de 1 %, se sont rués sur l’opération de financement à 3 ans. Au total, 523 banques sont venues au guichet de la BCE solliciter 489 milliards d’euros.

En abreuvant ainsi les banques de liquidités, la BCE a apaisé bien des tensions. Quelques jours après le démantèlement de Dexia, « elle a écarté le spectre d’une crise bancaire systémique », souligne Morgan Stanley. Elle a en effet balayé les risques de refinancement du secteur et tempéré par la même occasion les craintes de raréfaction du crédit à l’économie, ou « credit crunch ». Elle a aussi participé à la relance des marchés de dettes souveraines, alors que les spécialistes redoutaient que les Etats de la zone euro aient le plus grand mal à lever des fonds en ce début d’année.

L’Italie et l’Espagne ont réussi sans difficulté leurs premières émissions obligataires de l’année, attirant une forte demande de la part des investisseurs, notamment pour les titres de maturité courte. La prime de risques des pays « périphériques » de la zone euro a diminué. Du coup, les dégradations de 15 pays de la zone euro par Standard & Poor’s sont passées presque inaperçues.

L’accalmie a en fait été générale. Les tensions sur les marchés interbancaires ont diminué. Les entreprises se financent un peu moins cher sur les marchés obligataires. Les investisseurs ont retrouvé de l’appétit pour les actions. Les Bourses européennes ont démarré l’année en fanfare, Francfort prenant 8,83 % et Paris 5,15 % depuis le 1 erjanvier. Les « indices de la peur », qui mesurent la volatilité des grands indices sont repartis à la baisse. « L’action de la BCE a eu vraiment un fort impact, résume Laurent Fransolet, chez Barclays. La situation des marchés s’est améliorée et cet effet peut durer plus longtemps que ce que beaucoup d’intervenants n’imaginent. »

La BCE n’a pas armé le « bazooka » attendu par certains, qui aurait consisté à acheter massivement la dette émise par les Etats. Elle continue certes de se porter acquéreur d’emprunts italiens, espagnols ou portugais, mais de façon modeste et au fil de l’eau. Son intervention a pris une autre tournure, indirecte (via le canal bancaire) et dans le cadre de son mandat. Un autre prêt à 3 ans sera organisé le 29 février.

Les marchés ont pris acte de ce soutien. Ils n’en restent pas moins vigilants sur de nombreux fronts européens : l’accord entre la Grèce et ses créanciers privés sur l’effacement d’une grande partie de sa dette, la recapitalisation des banques, la ratification du pacte budgétaire par les pays européens et la mise en oeuvre des mécanismes de sauvetage. Sans avancées sur ces différents dossiers, le soutien offert par la BCE pourrait ne se révéler qu’un répit.

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