« Il y aura un troisième plan d’assouplissement quantitatif d’ici à juin »

Les Echos – VINCENT REINHART CHEF ÉCONOMISTE DE MORGAN STANLEY POUR LES ETATS-UNIS

Après l’annonce du maintien des taux de la Fed à zéro, le chef économiste de Morgan Stanley pour les Etats-Unis se penche sur l’évolution probable de la politique monétaire de la banque centrale. Il est l’un des grands experts de la Fed où il a longtemps travaillé, notamment comme secrétaire et économiste du comité de politique monétaire.

Après l’annonce du maintien des taux de la Fed à zéro, le chef économiste de Morgan Stanley pour les Etats-Unis se penche sur l’évolution probable de la politique monétaire de la banque centrale. Il est l’un des grands experts de la Fed où il a longtemps travaillé, notamment comme secrétaire et économiste du comité de politique monétaire.

Comment avez-vous compris la décision de la Fed de maintenir ses taux directeurs à taux zéro jusqu’à fin 2014 ?

Je pense que le communiqué a été voulu et conçu comme plutôt pessimiste, avec cette mention qui repousse explicitement toute modification des taux d’intérêt avant la fin de 2014. Cela a été fait exprès. La Fed n’a pas pris en compte l’amélioration de certaines données économiques, ni les efforts de la banque centrale européenne dans son communiqué. Elle a préféré être très claire sur le fait qu’il n’y avait aucune urgence à resserrer la politique monétaire.

Vous semblez circonspect sur ce nouvel outil que se donne la Fed en publiant ses prévisions sur les taux directeurs ?

C’est un instrument flexible qui va contribuer à la communication de la Fed avec les investisseurs sur sa politique monétaire. Mais j’y vois un désavantage notable qui tient à ce que la politique monétaire est faite par un comité et qu’il est très difficile pour ce dernier de s’engager. Il y a énormément d’opinions différentes qui s’expriment. Le fait est que la publication des prévisions de chacun va attirer l’attention sur les vues des minoritaires et affaiblir ainsi la position de la majorité. D’un côté, la banque centrale gagne en flexibilité parce qu’elle peut mieux communiquer, de l’autre elle perd en force.

Comment voyez-vous évoluer la politique monétaire de la Fed cette année ?

Elle va vouloir être accommodante. La banque centrale voit bien que les affaires tournent encore au ralenti. Elle est marquée par le précédent de 2010 quand elle aurait pu nourrir les jeunes pousses qui apparaissaient et ne l’a pas fait. Cela a pris en effet six mois pour obtenir du comité de politique monétaire le lancement d’un deuxième programme d’assouplissement quantitatif. Si la Fed avait la chance de refaire le film, il y a fort à parier qu’elle agirait différemment. Si l’on considère que l’inflation progresse lentement, que les Etats-Unis ont un avantage décisif avec leur monnaie, et que les risques liés à la crise de la dette et des banques européennes sont importants, il semble approprié de s’acheter une assurance.

Comment cela va-t-il se traduire ?

La Fed ne peut plus diminuer les taux directeurs qui sont à zéro. Dans un article que j’ai écrit avec Ben Bernanke, qui était alors gouverneur de la Fed, en 2004, nous avons décrit les politiques non conventionnelles qui s’appliquent dans ce cas de figure. Elles sont au nombre de trois : gérer les attentes des marchés en communiquant, accroître la taille et la composition du bilan de la banque centrale et modifier les taux directeurs. Tout a déjà été essayé et elle procède aujourd’hui à des ajustements, comme on peut le voir avec ce nouvel instrument de prévision des taux directeurs. Mais je pense qu’elle va surtout lancer un troisième programme d’assouplissement quantitatif dans la première moitié de l’année.

Il serait de quelle taille ?

La première chose à considérer est le timing. Le deuxième semestre serait impossible à cause des élections. En termes de taille, nous n’avons pas besoin de quelque chose de drastique. Les marchés actions se redressent, il faut soutenir les jeunes pousses, une enveloppe de 500 milliards de dollars me paraît donc suffisante.

Vous ne craignez pas une reprise de l’inflation ?

A court terme, il n’y a pas beaucoup de risques. A moyen et plus long terme, le risque est beaucoup plus significatif. Toutes les banques centrales ont alourdi leur bilan. On observe qu’elles ont une conduite asymétrique, dans le sens où elles l’ont lesté beaucoup plus vite qu’elles ne l’allègent. Et elles vont encore continuer à le charger avant de chercher la sortie.

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