Le pari de l’action

Les Echos

Face à un candidat auquel les sondages donnent déjà une allure de président, il reste un avantage au président qui refuse de se dire encore candidat : le monopole de la décision. De cet atout, Nicolas Sarkozy a usé largement hier soir, avec d’autant plus de force qu’il correspond à sa nature. Les mesures annoncées au nom de la croissance sont destinées à frapper l’opinion, surtout du fait du décalage entre l’ampleur des nouveaux chantiers qu’elles ouvrent, à commencer par celui du logement, et le moment du quinquennat choisi pour les mettre en oeuvre, d’ordinaire plus propice aux rétrospectives qu’aux refondations.Elles obéissent à un double calcul, l’un économique, l’autre politique, qui, sur le papier, apparaissent antinomiques. Améliorer la compétitivité de la France par un transfert partiel des charges des entreprises sur la TVA et sur la CSG payée par les revenus du patrimoine peut se justifier économiquement, mais il ne doit pas être né le politologue qui y verra un moyen de reconquérir les suffrages populaires pour gagner l’élection présidentielle. Redoutable stratège de campagne, comme il l’a montré en 2007 en offrant à la droite sa plus brillante victoire au scrutin suprême, le chef de l’Etat le sait mieux que tout autre. Pourquoi alors avoir tenté un tel coup de poker ?

Au premier abord, on retrouve à l’oeuvre derrière ce pari audacieux l’élément le plus constant et le plus central de la geste sarkozyste, que l’on pourrait appeler le paradigme de la maternelle de Neuilly. C’est au printemps 1993, en payant de sa personne dans le sauvetage des enfants d’une maternelle pris en otage par une « bombe humaine », avec un courage qui lui valut la médaille des policiers du RAID, que Nicolas Sarkozy, alors maire de la ville, mais aussi ministre du Budget, se façonna tout à coup une nouvelle stature dans l’opinion. Depuis, le sarkozysme se fonde sur cette équation simple : l’homme d’Etat est avant tout un homme d’action. La gestion de la déflagration financière de 2008 puis l’intervention en Libye constituent, de ce point de vue, les deux meilleures séquences du mandat présidentiel. Et la crise européenne a offert une nouvelle occasion à l’occupant de l’Elysée de mettre en valeur ses qualités de capitaine dans la tempête. Angela Merkel, la chancelière allemande, serait prête, fait-on savoir à Berlin, à participer au premier meeting du président sortant, Barack Obama l’a presque adoubé à la télévision française, David Cameron, le Premier ministre britannique, malgré leur violent accrochage au sommet européen de décembre, ne tarit pas d’éloges sur son « ami » : ce n’est pas un mince acquis pour la bataille finale face à un François Hollande privé de tout levier sur le plan international, la partie la plus faible de la semaine très réussie du leader socialiste.

Toutefois cette posture a un revers, comme en témoigne la litanie des mauvais sondages. Ce président qui s’occupe de tout, on ne lui passe rien. Toujours prêt à s’attaquer au coup d’après, il ne prend pas assez le temps de défendre celui d’avant. Caractéristique à cet égard est la conviction, plusieurs fois martelée par l’intéressé, qu’on ne gagne pas une élection sur un bilan. Le sien est l’un des plus riches en réformes depuis François Mitterrand, mais personne ne prend la peine de le rappeler. Du coup, on reconnaît au dirigeant de la surface en même temps qu’on met en doute la profondeur du personnage.

Pleinement dans l’aujourd’hui, il est difficile d’accoler à son quinquennat une étiquette de long terme. La tentative maladroite de janvier 2008 d’inscrire ces cinq années dans le costume manifestement trop large d’une « politique de civilisation » fit rapidement long feu. C’est pourtant ce fil-là que Nicolas Sarkozy doit renouer avec 2007, qui ne fut pas seulement un beau succès électoral, comme la droite avec Jacques Chirac en avait connu d’autres, mais une victoire idéologique. Pour la première fois depuis le général de Gaulle, la gauche subissait à la fois une défaite dans les urnes et perdait sa domination sur le terrain des idées.

Au plus haut de la planète sur l’indice de pessimisme, les Français ont peur du lendemain, et encore plus du surlendemain. Ils craignent peut-être moins les conséquences de la crise sur eux-mêmes que pour leurs enfants. Hier soir, le chef de l’Etat leur a expliqué en somme que c’est par des sacrifices dès maintenant qu’ils pourront déblayer de l’horizon les menaces plus lointaines. La plupart des annonces présidentielles visent à renforcer la compétitivité de notre appareil productif, au détriment sans doute du pouvoir d’achat. Ce qui trace une ligne de partage claire avec le projet de François Hollande, plus clément pour le consommateur, du moins s’il n’appartient pas aux classes aisées, mais financé en grande partie par un alourdissement du coût du travail et de la fiscalité sur les entreprises. Malgré ses bonnes performances médiatiques de la semaine passée, le prétendant socialiste devra encore convaincre qu’un tel choix ne risque pas d’affaiblir un peu plus notre économie. Après sa prestation de ce dimanche, il sera également plus que temps de connaître quelle idée de la France se fait le candidat Sarkozy qui justifie le regain d’activisme économique du président.

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