La dernière chance de Nicolas Sarkozy

Les Echos

Un train peut toujours en cacher un autre. Pour l’instant, les regards sont rivés au train de la Grèce, qui va droit vers un gouffre financier programmé pour le 20 mars. Mais, derrière, il y a le train du Portugal. Les Portugais sont, avec les Grecs, les Européens les plus pessimistes sur les perspectives économiques de leur pays. La semaine dernière, les taux d’intérêt à deux ans sur la dette de l’Etat portugais ont dépassé les 20 %. C’est la conséquence d’une dégradation de sa notation en janvier. C’est aussi la preuve que les créanciers du pays craignent que Lisbonne déraille, comme Athènes. Et passe ensuite par l’atelier « restructuration de la dette », cassant ainsi le fil de la belle histoire que l’on nous raconte depuis maintenant deux ans.

Car, depuis les premiers soubresauts sur le marché de la dette grecque début 2010, dirigeants et experts européens le jurent la main sur le coeur : la Grèce n’est pas comme les autres. En privé, nombre d’entre eux multipliaient les commentaires désobligeants, comme le fait qu’on n’aurait jamais dû laisser rentrer ce petit pays de tricheurs dans l’Union monétaire. La priorité était de « sanctuariser le pays » et de protéger les autres du risque d’incendie par un immense pare-feu. Car la Grèce a un problème de solvabilité (incapacité à rembourser ses créanciers), tandis que d’autres pays n’auraient que des problèmes de liquidité (difficulté temporaire de remboursement bientôt surmontée).

Dans la finance d’avant 2008, cette distinction entre solvabilité et liquidité avait tout son sens. Les emprunteurs publics trouvaient toujours de l’argent à lever. Mais, depuis la faillite de la banque Lehman Brothers, on a découvert ou plutôt redécouvert que les marchés financiers pouvaient se bloquer du jour au lendemain. Or les Etats sont des débiteurs chroniques. La plupart d’entre eux doivent emprunter pour rembourser (s’il s’agissait de particuliers, on parlerait de cavalerie). Tant que la Banque centrale européenne refusera d’assumer le rôle de prêteur en dernier ressort, il n’y a donc pas la Grèce et les autres, mais différents scénarios d’insolvabilité. Le cas grec donc, avec une dette publique qui a explosé dans un pays qui a perdu sa compétitivité. Le cas italien, avec une dette publique à la fois massive et ancienne, contenue par une politique budgétaire stricte, mais avec une croissance trop lente malgré de belles industries. Le cas irlando-espagnol, avec une dette privée gonflée par une bulle immobilière encore bien présente (Madrid vient de demander aux banques du pays de renforcer leurs provisions de 50 milliards d’euros). Et le cas… portugo-français, avec des dépenses publiques non maîtrisées et une compétitivité qui s’étiole.

Bien sûr, la France n’est pas le Portugal. L’économie portugaise va connaître en 2012 sa troisième année de récession en quatre ans. Le poids de sa dette publique approchera l’an prochain 120 % de son PIB, alors que celui de la France restera bien en deçà de 100 %. Mais, depuis une décennie, les deux pays laissent filer dépenses publiques et coûts salariaux privés, ce qui abaisse leurs perspectives de croissance – et donc leurs moyens de rembourser leurs dettes. La Commission européenne les a d’ailleurs souvent mis dans le même sac. En 2006, alors qu’ils faisaient l’objet d’une procédure de déficit excessif avec la Grèce, les experts de Bruxelles indiquaient par exemple que ces pays « ont présenté des stratégies qui, en cas de succès, leur permettront d’assainir leurs finances publiques, bien que des efforts supplémentaires semblent nécessaires dans le cas de la France et du Portugal et que la Grèce reste confrontée à des problèmes de révision statistique ». Bien vu…

Depuis, le gouvernement portugais a pris des mesures drastiques (privatisations, ouverture de secteurs à la concurrence, assouplissements du marché du travail, baisse du salaire des fonctionnaires, coupes budgétaires…). Le gouvernement français semble enfin s’y mettre depuis quelques semaines, mais sans la moindre crédibilité, car on est à moins de trois mois de l’élection présidentielle. Pendant ce temps, l’opposition en est encore à débattre aimablement des dépenses publiques à augmenter. Dans les prochaines semaines, les investisseurs pourraient bien prendre conscience brutalement de la situation en évaluant le projet économique de François Hollande, muet sur la maîtrise des dépenses publiques et atone sur la compétitivité des entreprises. Le retour de bâton risque d’être violent. C’est peut-être la dernière chance de Nicolas Sarkozy de gagner l’élection.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :