La photo qui parle

Les Echos

Pour 70 milliards d’euros – la facture de nos échanges commerciaux avec le vaste monde en 2011 -, la France vient de s’offrir une photographie bien nette des forces et faiblesses de son économie. Dans la partie positive, celle des exportations, les contrastes sont saisissants. D’un côté, de grands champions très internationalisés comme EADS dans l’aéronautique ou LVMH dans le luxe, sauvant ce qui peut encore l’être de nos positions sur les marchés mondiaux. Eux bénéficient de l’attention bienveillante et légitime des pouvoirs publics, jamais avares de soutien lorsqu’il s’agit de négocier de grands contrats aéronautiques ou de vendre l’image du luxe à la française. De l’autre côté, quelques milliers de petites entreprises, pour beaucoup d’entre elles dans le vin, le cognac, trop condamnées encore à compter sur leurs propres mains pour se battre avec les rouleaux compresseurs californiens et, désormais, chinois sur ces marchés émergents où elles peinent à se maintenir.

Industriels de l’espace ou artisans de la terre, les uns et les autres restent inégalement aidés à l’export alors qu’ils défendent – comme les entreprises de services -tout autant nos rares avantages comparatifs. Or plus le coût de nos importations augmente, plus il est nécessaire et urgent de nous renforcer dans nos domaines de spécialisation. Beaucoup a été fait en ce sens ces dernières années, au point que la dégradation de la compétitivité française au sein de la zone euro a cessé d’être générale, comme elle le fut entre 1999 et 2007, ainsi que l’ont montré les travaux de COE-Rexecode. Depuis, l’aéronautique et l’agroalimentaire regagnent peu à peu des parts de marché. Il y a là le frémissement d’un redressement structurel qu’un esprit optimiste pourrait discerner, aussi, dans le quasi-équilibre, ces derniers mois, de nos échanges commerciaux hors énergie. L’ombre écrasante de la facture énergétique, lourde de 62 milliards d’euros, laisse filtrer une lueur d’espoir.

Mais, pour porter ses fruits, une politique de compétitivité demande constance et complétion. De la constance car quatre ans de crédit impôt recherche ne peuvent suffire à mettre les entreprises françaises au niveau d’innovation des allemandes. De la complétion car si la baisse du coût du travail via l’allégement des charges sociales et la hausse de la TVA ne résume pas une politique de compétitivité, elle en est un point de passage obligé. Qualité des produits, ergonomie, design, délais de livraison, fiabilité, coûts de production : la martingale de la compétitivité doit se conquérir par tous les fronts. Pas seulement par la gauche ou par la droite, comme c’est, hélas, le cas dans les campagnes électorales.

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