En cent jours, Mario Draghi s’est imposé à la tête de la Banque centrale européenne

Les Echos

Pragmatique, économe en paroles et allant droit au but : le nouveau président italien de la Banque centrale européenne a déjà marqué son empreinte lors des cent premiers jours de son mandat. La différence de style est remarquée après le passage de son prédécesseur français.

Début janvier, le magazine italien à grand tirage Oggi avait publié une photo de Mario Draghi conduisant un véhicule sans port de la ceinture de sécurité et le portable collé à l’oreille. Le nouveau président de la Banque centrale européenne (BCE) s’offrait visiblement un moment de détente en terre romaine. Pas tout à fait incognito, mais loin des décisions prises au pas de charge pour sauver les banques et ramener le calme sur le front des marchés… Comme quoi le comportement négligeant au volant et la conduite souveraine de la politique monétaire européenne peuvent aller de pair. Après les cent premiers jours de son mandat, le nouvel homme fort de la monnaie unique a surtout marqué les esprits par l’emploi d’un style direct et innovant de communication et de management.

Lors de sa première conférence de presse début novembre, Mario Draghi semblait encore très prudent, employant parfois des réponses très brèves allant jusqu’à la caricature. Le changement de style était marquant avec son prédécesseur, Jean-Claude Trichet, multipliant en fin de mandat des réponses longues et argumentées. Egalement, l’emploi par ce dernier de mots codés comme la « forte vigilance », annonciateurs d’un mouvement de hausse sur les taux, sont encore inconnus dans le jargon du banquier italien. On doit à ce dernier une autre novation de langage, le « fiscal compact », quand il a appelé les Etats européens à resserrer leurs liens en matière de politique budgétaire.

Parler rarement et profiter de chaque occasion pour délivrer des messages forts, telle semble être la méthode Draghi. Cela s’est vu devant le Parlement européen à Strasbourg, aussi à Francfort, lors d’un congrès bancaire en novembre, quand il a interpellé sévèrement les gouvernements : « Où est la mise en place des réformes ? », s’offusquait-il face à l’incapacité à traduire en réalité des décisions prises lors d’une série de sommets européens. Ulrich Kater, chef économiste de Dekabank, voit dans le président de la BCE « un fin stratège en politique. Il a réussi à calmer les marchés sans énerver dans le même temps les pays de la zone euro. »

Si Mario Draghi apporte de la fraîcheur et un ton nouveau, Ralph Atkins, du « Financial Times », décèle aussi un style différent et voit également en lui un homme « qui n’a pas peur d’être jugé en homme pragmatique ». On n’entend pas chez Draghi la même emphase à défendre l’euro ou l’intégration politique et économique européenne, ainsi que Jean-Claude Trichet le faisait de manière infatigable. « Mais ce qui va compter finalement, ce sont les actes, pas le style. » Sa manière concise et aussi argumentée de parler « a sans doute à voir avec son expérience et sa formation anglo-saxonne ainsi que ses activités pour la banque d’investissement américaine Goldman Sachs comme au sein du Conseil de stabilité financière », note Stefan Balling, journaliste au quotidien boursier Börsen Zeitung. « A contrario, Jean-Claude Trichet a davantage conduit la BCE comme un homme d’Etat. »

La communication en interne est aussi un domaine où souffle un vent nouveau à la BCE. « Il ne fonctionne pas comme son prédécesseur, en ce qu’il délègue davantage et aime que les choses soient réglées de manière rapide et efficiente. Pour l’instant, il passe très bien auprès du personnel, avec l’impression toutefois de laisser le soin à d’autres que lui de s’occuper du dialogue social », souligne une source syndicale maison.

Côté vie privée, on ne sait rien de son intégration dans la métropole francfortoise, quand il n’était pas rare de voir son prédécesseur et son épouse se mêler aux promeneurs d’un parc ou aller à l’opéra. Et en guise de logement, il a finalement opté, faute de trouver la perle rare, pour l’ancien appartement occupé par Jean-Claude Trichet, dans le quartier chic de Westend. Situé dans la même rue, la pizzéria ‘La Divina’ regrette toujours son fidèle hôte français, sans avoir vu passer à ce jour l’italien de souche. Mario Draghi, qui séjourne du lundi au vendredi à Francfort, a déclaré à ses débuts qu’il allait chercher un club de golf, dont la région est riche. Quand à M me Draghi, elle n’a pas encore suivi la trace d’Aline Trichet en tant que membre active de l’ « International Women’s Club » de Francfort.

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